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samedi 25 août 2012

« La disparition de la monnaie unique serait dans les intérêts de tout le monde »


Août devrait être un mois chaud pour la zone euro, indépendamment des surprises que nous réserve la météo. Le fait que l'Espagne ait nié avoir besoin d'un plan de sauvetage d'ampleur confirme que Madrid, à un certain moment, va en appeler aux sado-monétaristes de Bruxelles. Tout comme les ministres Grecs, Irlandais et Portugais l'ont fait après ces mêmes dénégations comiques.
La situation est loin d'être comique, puisque les conséquences de l'effondrement d'un système aussi insensé que celui de la monnaie unique touchera tout le monde, en particulier la classe ouvrière qui n'a aucune responsabilité dans la construction de ce château de cartes.
Un panel de 17 économistes éminents de l'Institut new-yorkais New Economic Thinking a rendu un rapport mettant en garde: « l'Europe avance, tel un somnambule, vers une catastrophe aux proportions incommensurables.
Le dernier domino, l'Espagne, est à quelques jours d'une crise de liquidité, selon son propre ministre des Finances. Cette situation dramatique est la conséquence d'un système de la zone euro qui, tel qu'il est construit actuellement, est totalement bancal », selon le rapport.
Cependant, la raison fondamentale derrière cette crise qui n'en finit pas, un domino tombant après l'autre, ce n'est pas un problème de liquidité – c'est juste un symptôme d'un problème bien plus important.
Enfermés dans la chambre des tortures néo-libérale qu'est cette zone Euro, les pays les plus faibles ne peuvent tout simplement pas rentrer en concurrence avec les pays les gros, au cœur de l'Empire, précisément la France et l'Allemagne.
Des pays dans le dur comme la Grèce, l'Irlande, le Portugal, l'Espagne et l'Italie, que l'on connaît tous sous le nom de PIIGS, ont des déficits de la balance des paiements colossaux qui ébranlent leurs économies, tout en accroissant leurs besoins en liquidités.
La vraie réponse est la dévaluation qui est impossible dans le cadre de la monnaie unique. La seule option disponible afin de rester dans l'euro est de se retourner contre sa propre population, en détruisant l’État social et en s'attaquant à des millions de travailleurs, ce que l'on connaît comme une dévaluation interne.
Les attaques contre les mineurs Espagnols et les métallurgistes Grecs ne sont qu'une partie infime de la guerre économique qui a été déclenchée sur demande d'institutions européennes non-élues et très largement méconnues.
Partisans de l'UE, les Conservateurs et les Démocrates soutiennent l'austérité à perpétuité de l'UE à la fois ici et dans toute la zone euro. Tout en étant en dehors de la zone euro, la classe dirigeante Britannique soutient tous les efforts pour maintenir l'euro en vie.
Le gouvernement offre même de nouveaux prêts et de nouvelles garanties de plusieurs milliards de livre tout en prétendant que sa priorité est de réduire la dette.
Cameron n'a pas – comme il l'a affirmé – mis son « veto » au pacte fiscal, connu comme le traité d'austérité à perpétuité, qui entrera en vigueur le 1er janvier 2013. Le Grande-Bretagne ne l'a tout simplement pas signé – ce n'est pas un « veto ».
Au plus fort de la crise de la dette dans la zone euro, le pacte exige que les budgets soient équilibrés ou à l'équilibre et que la Cour européenne de justice (CEJ) puisse imposer des amendes allant jusqu'à 0,1% du PIB, si cela n'est pas effectif un an après la ratification.
Désormais, la commission tente de passer en force avec un traité sur le Mécanisme européen de stabilité (MES), avec le moins de débat possible, et presse les gouvernements nationaux à le ratifier aussi vite que possible, sans passer par des référendums.
Le MES est nécessaire car les mécanismes de sauvetage précédents, le Fonds européen de stabilité financière (FESF) et le Mécanisme européen de stabilité financière (MESF), n'avaient aucun fondement juridique dans les traités européens ratifiés jusqu'alors.
Le Traité de Lisbonne affirme même clairement qu'il ne peut y avoir de plan de sauvetage de quelque État que ce soit parmi les 17 que compte la zone euro.
Le MES proposé est une solution fondamentalement non-démocratique au dilemme légal actuel, et destiné à financer ce qui est en réalité une caisse noire.
Il serait basé à Luxembourg, avec un conseil d'administration nommé par les 17 Etats-membres de l'euro et opérerait en marge de l'UE.
Cette approche de plus en plus anarchique, et même hystérique, révèle à quel point le projet de la zone euro est bancal. C'est parce que la monnaie unique est un projet fondamentalement politique, non économique. C'est un moyen en vue d'une fin. La fin étant un contrôle total des mécanismes d'ajustement structurel à l'échelle européenne, où toute activité humaine serait transférée du domaine public au secteur privé, au capitalisme monopoliste.
Avec ce projet, si une crise se produit sur le parcours, on peut la retourner à son avantage – avec plus de centralisation européenne et la remise en cause des pouvoirs démocratiques des Etats-membres.
Il est clair que nous traversons la pire crise capitaliste depuis une génération, donc les enjeux ne peuvent qu'être très élevés.
La direction actuelle du Parti travailliste pourrait affirmer que le soutien du gouvernement au projet de la zone euro est une erreur et que l'euro est mort.
Hélas, elle ne fera pas car le Parti travailliste est pieds et poings liés avec le projet de l'Euro même s'ils adopteront sans doute une ligne plus critique envers l'UE lors de la prochaine élection.
Ce qui est triste, c'est qu'une bonne partie de la gauche a soutenu la monnaie unique ou est restée muette à cause des promesses foireuses de « modèle social européen » dues au président de la Commission européenne Jacques Delors en 1988, qui nous mènerait au socialisme par la bande.
Des partisans grassement payés de la monnaie unique, comme Lord Monks, continuent même à lancer des appels pour l'entrée de la Grande-Bretagne dans l'euro moribond – même si comme il l'admet ses avis « peuvent sembler très excentriques ».
L'extrême-gauche a aussi soutenu dans une large mesure l'UE, essentiellement par une incompréhension totale de l'internationalisme comme de conceptions économiques de base.
Aujourd'hui, il est évident que la disparition de la monnaie unique serait dans les intérêts de tout le monde.
Injecter toujours plus d'argent dans une monnaie moribonde, mal-aimée ne serait que prolonger l'agonie pour tout le monde.
Mais nous ne devons pas oublier comment les dirigeants syndicaux et les leaders travaillistes ont vendu le projet européen à la classe ouvrière, sur la base des promesses malhonnêtes du type de celle de Delors.
Qu'ils aient été naïfs ou cyniques, ils nous l'ont vendu en en appelant à la foi de la population plutôt qu'aux faits – c'est impardonnable.
Brian Denny, syndicaliste cheminot britannique (RMT) et militant de la campagne « No2EU/Non à l'union européenne »

lundi 13 août 2012

Des marchés qui prêtent à des taux d’intérêt négatifs : pour quel profit ?



C’est à n’y plus rien comprendre : alors que l’Italie et l’Espagne empruntent à des taux de plus en plus élevés voilà que l’Allemagne et d’autres pays ont pu emprunter à des taux négatifs !
Oui il n’ y a pas erreur, L’Allemagne – et même la France – ont pu emprunter à des taux négatifs. Et ce n’est pas la Banque Centrale qui prête mais bien les marchés financiers. Ces marchés responsables des crises de tout genre (crise bancaire, immobilière, financière, économique) ont, il y a quelques jours, prêté des milliards pour une période allant jusqu’à deux années. Tout cela ne semble absolument pas rationnel car mettre à disposition du capital – prêter, donc –, c’est attendre en retour une rémunération ; c’est-à-dire des intérêts en fonction d’un prix que l’on appelle, justement, le taux d’intérêt. C’est que l’on nomme en économie « le revenu de la renonciation à la liquidité » (c’est-à-dire à la monnaie).
Nous savons que les acteurs économiques ne sont pas des philanthropes. Ils sont rationnels et, en sus, ils recherchent le plus grand profit possible ; la dimension morale a peu de place ici. Quel intérêt (et l’expression prend là tous son sens) les marchés auraient-il à prêter pour, au bout du compte, être remboursés d’un montant inférieur à celui accordé au départ ? Quel bénéfice y a-t-il à rémunérer l’emprunteur au lieu du prêteur ? Aucun a priori.
Connaissant l’avidité des marchés et leur volonté d’anticipation pour remporter la mise en faisant des paris risqués, on peut avancer le raisonnement suivant : et si ces investisseurs institutionnels faisaient le pari de la fin de l’Euro ? Car la disparition de l’Euro ne signifie pas la fin d’une créance et celle-ci peut prendre une valeur plus importante si elle est libellée dans une monnaie forte comme le Deutsch Mark.
L’Euro est une monnaie dont la valeur, à l’origine, repose sur la valeur pondérée des monnaies de l’union européenne. Pour faire simple, c’est un “panier” de monnaies nationales. Par conséquent, le retour aux monnaies nationales verrait le retour de certaines devises avec une valeur supérieure à l’Euro, tandis que d’autres auraient, elles, une valeur inférieure. D’où l’on comprend que, acheter de la dette allemande, c’est à coup sûr bénéficier d’une plus-value sur cette créance. Cette nouvelle créance ne sera plus libellée en Euro mais en Deutsch Mark.
Ce qui importe ici ce n’est pas la monnaie (dont on anticipe la disparition), mais bien le débiteur et sa solvabilité.
En conclusion, la possibilité d’emprunter à des taux d’intérêt négatifs ne doit pas être interprétée comme une sortie de crise de l’Euro mais… comme son approfondissement !
Djilali

dimanche 12 août 2012

L’euro aura bien joué son rôle, pour la régression sociale!



La spirale infernale de l'austérité, de la pauvreté et de la faillite se met doucement  en place, dans cette Europe dite développée socialement. On va dans le mur, à vitesse constante, sans freins, et en klaxonnant, comme si on avait gagné avec les plans d'austérité.

Les plus fragiles sont touchés, en premier : Grèce, Portugal, Espagne, Italie, Irlande, Chypre... Ils n'ont aucune chance de rembourser leur dette. Puis, viendront la France, l'Allemagne, très dépendantes de ces pays, pour leurs exportations…

L'Euro et la crise sont une construction machiavélique des financiers et des gouvernements néolibéraux, pour "la revanche sociale" et la captation de l'argent des peuples. Par la dérégulation et la mondialisation, délocaliser, chez les pauvres, pour faire augmenter chômage et pauvreté chez nous. Puis, baisser l'impôt des riches, pour organiser des déficits, emprunter, pour augmenter la dette et les intérêts qui seront payés par l'augmentation de la fiscalité sur les populations, puis, la baisse des revenus et de la protection sociale.

Mais cette austérité appauvrit le peuple. Il y aura moins de rentrées fiscales (impôts, TVA…), car il consomme moins. Et c'est ainsi que les plans d'austérité provoquent l'inverse de l'effet recherché : le déficit se creuse, la dette augmente et les intérêts gonflent encore ( 52 Milliards cette année pour la France, pour 1.800 Milliards de dette ! ). Il faut donc encore plus d'austérité et vendre les "bijoux de famille" (privatisations), pour plus de pauvreté …et peut être mourir guéri. Les peuples grecs et espagnols sont, actuellement, dans cette tourmente.

Et comme l'Euro interdit à chaque gouvernement de financer ses déficits, par sa banque centrale, ou de dévaluer, pour redevenir compétitif à l'export, dette et récession agissent comme un garrot qui étrangle, petit à petit, le pays et son peuple.

L'Euro, monnaie forte, faite pour l'économie allemande, mais aussi, pour les rentiers, financiers et spéculateurs, a, progressivement, tué la croissance et l'économie de l'Europe développée, grâce à la mondialisation et aux paradis fiscaux. La monnaie unique aura épuisé et appauvri ses peuples, au grand bénéfice des financiers et des multinationales, qui eux, commencent à quitter le navire Euro, avant sa mort programmée, suite à une lente agonie.

La torture économique imposée par l'Euro et la mondialisation auront eu le résultat espéré, par 30 ans de vague néolibérale : arrêter tout développement social et humain, dans le monde, et provoquer une récession sociale de grande ampleur, dans sa partie la plus développée, l'Europe de l'Ouest.

Pour le moment, les privilégiés de la planète ont gagné. Grâce à la dérégulation de l'économie, aux délocalisations et à une mondialisation néocolonialiste et néo-esclavagiste, qui interdit tout développement social, dans les pays pauvres, l'internationale des spéculateurs et des multinationales a réussi à capter tous les bénéfices du travail humain, ne laissant aux populations que les miettes nécessaires, pour consommer les produits à grand profit, fabriqués par les pauvres.

On sait que l'humanité avance, très lentement, vers la liberté et le progrès social, de trois pas en avant, suivis de deux en arrière. Et que dans les phases de recul, comme en Europe, depuis les années 80, les révoltes populaires généreuses et désordonnées ne suffisent pas à rétablir cette marche en avant de l'homme, si elles ne sont pas porteuses d'un projet démocratique, réellement, alternatif et cohérent, c'est-à-dire, progressiste et humaniste.

"Los indignados" et les mouvements altermondialistes nous en apportent la preuve. Et en France, l'arrivée de la Gauche au pouvoir n'est qu'une alternance néolibérale de plus, pour une austérité "partagée" …,avant que les riches ne fuient.

En tous cas, dans le grand casino mondial de la manipulation monétaire, l'Euro aura bien joué son rôle : casser le développement social et humain de l'Europe de l'Ouest, sans avoir recours à la guerre.

mercredi 8 août 2012

Le défaut de paiement peut sauver la Grèce, mais perdre la zone euro



Les pronostics sur l'échec attendu de la zone euro sont liés directement au défaut de paiement possible de la Grèce. S’il y a un défaut de paiement ce sera un échec. Mais le monde a connu bien des fois des dettes souveraines. Les économistes trouvent que la faillite est un facteur inaliénable de l'économie de marché, douloureux certes, mais un outil efficace de l'élimination des disproportions. Pourquoi le défaut de paiement hypothétique de la Grèce fait-il si peur aux fonctionnaires européens?

La plupart des États européens ont annoncé au moins une fois le défaut de paiement. On peut considérer comme champions l'Espagne et la France, la première a connu 14 défauts de paiement, la deuxième huit.

Du point de vue de l'économie de marché, les défauts de paiement arrivant périodiquement c’est une norme : pour la Grèce, cela pourrait devenir un médicament amer, mais utile, croit le directeur du fonds « Centre du développement du marché de fonds » Youri Danilov :
" C'est une situation normale pour l'économie de marché, elle arrive constamment. Le défaut de paiement, comme n'importe quelle crise, exerce une influence positive sur l'économie capitaliste, en éliminant une certaine disproportion structurale. Nous avons affaire à tout un ensemble de disproportions structurales, qui seront liquidés douloureusement par le défaut de paiement de la Grèce ". 

Mais, comme le note le directeur de l'Institut de la mondialisation et des mouvements sociaux Boris Kagarlitsky, ce qui est bon pour les Grecs, est mauvais pour leurs créanciers :
" Le défaut de paiement signifie que le préjudice sera porté non par le pays, mais par ses créanciers. Tout le problème est de ne pas permettre à la Grèce des actions, capables de la sauver des créanciers. Ne pas admettre le défaut de paiement, comme l’unique moyen du sauvetage dans le cas présent ".

L'Allemagne, le principal créancier grec, veut laisser le pays dans la zone de euro et lui faire éviter la faillite, ayant minimisé les frais liés à cela. Mais la perspective du défaut de paiement grec ne fait pas peur seulement aux Allemands. Même ceux à qui les Grecs ne doivent rien sont inquiets. Pourquoi ? La réponse est simple : le défaut de paiement de la Grèce deviendra le premier cas dans l'histoire, quand un pays en faillite se sert non de sa propre monnaie, mais de celle de toute une grande région, explique Youri Danilov :
" Ce sont là les particularités, tous les points négatifs de la situation. C'est pourquoi le défaut de paiement potentiel attire tant l’attention des investisseurs. Ce seront des pertes pour tous les membres de l'union monétaire, pour l'économie régionale tout entière ".

La sortie du pays de la zone euro deviendra une des conséquences inévitables de la faillite d'Athènes. Pour surmonter la crise, la Grèce devrait dévaloriser sa devise nationale. Mais ce truc ne passera pas avec l’euro et cela signifie qu’il faudra réintroduire sa propre monnaie. Les eurosceptiques craignent que l'exemple de la Grèce ne devienne le premier ruisseau qui amènera à la rupture de la digue. En effet, il y a déjà trop de débiteurs dans la zone euro. 

Vlad Grinkevitch

vendredi 3 août 2012

Un euro inutile, mais irremplaçable



Les experts promettent à nouveau une fin proche de la monnaie unique.

L’économiste américain Nouriel Roubini, qui a prédit la crise de 2008, vient d’affirmer que la zone euro n’existera pas plus de six mois, et ensuite elle risque de s’effondrer complètement ou en partie.

Ce n’est pas la première fois que les spécialistes enterrent la zone euro et la monnaie unique, tandis que d’autres sont persuadés que la monnaie européenne ne pourra pas disparaître. Elle est devenue une alternative au dollar américain, dont les marchés ne peuvent pas se passer.

Les eurosceptiques ont fait part dès le début de leur pessimisme concernant le projet de la zone économique et monétaire commune. Selon eux, il s’agit plus d’une décision plutôt politique, et non pas économique. Pour le directeur du département analytique de la société d'audit FBK Igor Nikolaïev, l'introduction de l'euro n'a pas donné de nouvel élan au développement de l’économie de la région, comme cela était précu.

« La zone euro a été créée avant tout pour des raisons politiques. Nous avons suivi la dynamique, année par année, des exportations, des importations et du PIB des pays européens en 8-10 années avant et après la création de la zone euro. Il s’avère que la création de l’espace monétaire commun n’a aucun effet significatif sur les importations et les exportations. Il y a une baisse générale de tous les indicateurs ».

Lorsque l'euro était créé, peu nombreux étaient ceux qui y voyaient un contrepoids au dollar. La monnaie était plutôt perçue comme une tentative d’Allemagne de renforcer le contrôle sur les marchés de l'Union européenne. Par ailleurs, l’Allemagne, locomotive de l’économie européenne, devait répondre à la croissance rapide des économies de l’Asie et de l’Amérique latine.

« L’association des pays européens était nécessaire pour faire face à la croissance phénoménale des économies de l’Asie », explique l’experte en macroéconomie Elena Matrossova. « Malgré leur ampleur, les Allemands ont de plus en plus de mal à entrer en compétition avec les pays émergents, comme le Brésil, ou la Chine. L'unification de l'Europe – c’est un projet allemand. Et naturellement, l’Europe unie devrait avoir une monnaie unique ».

Cependant, les pays périphériques de l’Union européenne se sont retrouvés dans un piège économique à cause de ce projet. C’est l’euro, dont les cours se sont envolés, qui les a empêchés d’entrer en concurrence avec la Chine et l'Inde. Et ils ont du mal à entrer en compétition avec l’Allemagne à cause d’une différence dans les potentiels industriels. Le directeur de l’Institut de la globalisation et des mouvements sociaux Boris Kagarlitski estime que la désindustrialisation du Vieux Monde est la raison principale de la création de la zone euro.

Les partisans de l’Europe unie rappellent que l’euro est devenu le catalyseur au développement du commerce dans l'espace économique unique. La monnaie unique a permis de résoudre le problème de l’inflation en Grèce et en Italie. Les deux pays n’arrivaient pas à vaincre ce fléau depuis de nombreuses années. L’intégration à la monnaie unique avait aussi un coût, mais selon les experts, ce coût n’est pas associé au processus d'intégration, et les échecs de certains gouvernements. Enfin, la réalisation principale et indéniable de l'euro – c’est le fait qu’il s’agit d’une nouvelle monnaie de réserve, le seul concurrent réel au dollar dans l'économie mondiale. Mikhaïl Khazine, le président du cabinet de conseil « Neokon » est persuadé que les Etats-Unis déploient des efforts considérables pour affaiblir ce concurrent redoutable.

« Pour cette raison, les États-Unis tentent désespérément de forcer l'Allemagne à payer pour tout le monde. Pour que toutes les économies européennes soient faibles. L’objectif stratégique de l'Allemagne pourrait être le suivant : l’Allemagne ne paie pour rien, et ceux qui le veulent, viennent à Berlin, et reçoivent une aide directe pour conditions difficiles à réaliser ».

Nombreux sont les experts qui estiment que le retour des membres de la zone euro à leurs monnaies historiques sera la meilleure issue au drame européen. Le problème, c’est que le divorce « à l’amiable » n’est pas possible. 


En se séparant, les pays devront détruire les liens économiques, qui se sont créés en 15 ans. Il s’agit des obligations en euros, des actions de sociétés européennes, et des transactions financières entre les pays. Il faudra du temps et beaucoup d’argent pour transformer tout cela en monnaies locales. Selon Mikhaïl Khazine, seule la monnaie allemande pourrait jouer ce rôle, et elle deviendra un analogue à l’euro.

Un autre point important: la notion de «l'effondrement de la zone euro » est interprétée de manière trop large. Pour que la zone monétaire européenne cesse d’exister, il faut que les principales économies de la zone, la France et l’Allemagne, sortent de cet espace économique. On parle déjà de la sortie de plusieurs pays à problèmes. Mais ce n’est pas une raison suffisante pour enterrer la monnaie européenne.

Vlad Grinkevitch

jeudi 2 août 2012

Effets de la crise de la zone euro sur la croissance économique mondiale



Le Président français, François Hollande, et le Président américain, Barack Obama, ont estimé, mercredi, lors d'une conversation téléphonique, que la stabilité de la zone euro était nécessaire à la reprise de la croissance mondiale, apprend-on, dans un communiqué de l'Elysée.

«Ils ont eu un échange approfondi, sur la situation économique internationale, et ont exprimé leur intérêt commun à la croissance, en Europe, et à la stabilité de la zone euro, nécessaires à la reprise de l'activité économique mondiale», peut-on lire dans ce texte. «Le chef de l'Etat a insisté sur la volonté de la France de mettre en œuvre, avec ses partenaires de l'Union européenne, les décisions prises par le Conseil européen des 28 et 29 juin derniers. Les dispositifs et instruments prévus, à cette occasion, doivent pouvoir être utilisés, dans les meilleurs délais», ajoute le communiqué. Par ailleurs, le Président de la Banque centrale des États-Unis (Fed), Ben Bernanke, a reconnu que la croissance économique des États-Unis s’était encore affaiblie et que les perspectives d’amélioration n’étaient prévisibles, jusqu’à la fin 2014. Dans un communiqué, Bernanke a ajouté qu’un comité suivait de près les informations économiques et financières, pour les analyser et proposer des solutions.

mardi 31 juillet 2012

Le dollar ou l’euro : qui va l’emporter ?



L’une des principales intrigues de la crise économique qui mûrit est de savoir si les Etats-Unis savent rester première économie du monde, et si le dollar américain garde son statut de l’unique monnaie de réserve.

Une partie d’experts prédisent un affaiblissement du dollar et son remplacement par plusieurs monnaies régionales. D’autres sont persuadés que l’économie globale ne pourra pas se passer d’une monnaie de base.

Les analystes financiers sont unanimes à considérer que si le dollar US doit perdre l’importance qu’il a, ce ne sera pour demain. Ce processus ne sera pas révolutionnaire, mais évolutif et prendra des décennies.

« L’ère du dollar US » a commencé en 1944. En Europe la guerre faisait rage, lorsque les hommes politiques et les financiers de plus de quarante pays se sont réunis dans la petite ville américaine de Bretton Woods afin de déterminer pour des décennies le système financier mondial. C’était une conférence de l’ONU, qui a installé confortablement les Etats-Unis avec le statut particulier du dollar.

Les Américains et leurs alliés britanniques ont su persuader leurs collègues que seule une monnaie « principale », rattachée fermement à l’or, serait capable de garantir la stabilité de l’économie d’après-guerre. D’ailleurs, il n’y avait pas à l’époque d’autre monnaie capable de prétendre à ce rôle. Voici ce que dit l’économiste connu Mikhaïl Khazine :

« Au début des années 40 du siècle dernier l’économie des Etats-Unis d’Amérique représentait près de 50 % de celle du monde, pour la production et pour la consommation. Dans ce sens, le rôle du dollar US était parfaitement naturel ».

Ce statut spécial du dollar aidait durant de longues années les autorités nord-américaines à accumuler la part du lion des revenus mondiales, en s’en servant pour développer leur économie nationale. Or la situation a changé. Depuis longtemps le dollar n’est plus rattaché à l’étalon or, les centres de production mondiale se déplacent de l’Ouest à l’Est, la part des Etats-Unis dans l’économie mondiale chute. Dans ce contexte, l’influence disproportionnée du dollar US devient un facteur supplémentaire de crise. Kiril Trémassov, chef du département analytique de NOMOS-BANQUE explique :
« Il y a encore dix ans les positions du dollar en tant que monnaie de réserve étaient incontestables. En ces dix ans la portée du dollar dans le commerce et l’économie du monde a sensiblement diminué, l’importance de l’euro a considérablement augmenté. Le rôle du yuan a grandi. Ces processus vont se poursuivre ».

Le monde avait déjà vu quelque chose de semblable. Durant deux siècles la livre sterling anglaise assumait de facto le rôle de monnaie de réserve mondiale. Mais au milieu des années 40 du siècle passé la « reine des mers et des océans » décrépite a cédé sans résistance aux Etats-Unis et à leur « tout-terrain vert ». Et pourtant il ne faut pas s’attendre à un déclin rapide du dollar.

Les experts sont partagés sur l’avenir de la monnaie de réserve mondiale. Mikhaïl Khazine prédit la formation de plusieurs zones monétaires, par exemple, de la zone du dollar, du yuan, de l’euro. L’influence de chaque devise au-delà de sa zone ne sera pas grande. L’experte en macroéconomie Elena Matrossova, elle, insiste : tant que le monde se globalise, il aura besoin d’une monnaie de base. Le dollar est une monnaie de référence universelle, qu’il n’y pas de sens de changer.

vendredi 27 juillet 2012

Pour George Soros, l'Europe est menacée d'"un désastre aux proportions inimaginables"



 Les conseils, pour sauver la zone euro, se multiplient.

Cette fois, c'est un rapport de l'Institute for New Economic Thinking Council on the Euro Zone Crisis (ICEC), qui comprend deux conseillers du gouvernement allemand, et qui est soutenu par le financier milliardaire américain, George Soros, qui s'y colle. Mais, d'abord, l'organisation sonne l'alarme, une fois de plus.

"Nous pensons que l'Europe avance tout droit vers un désastre aux proportions inimaginables. L'impression de crise qui n'en finit pas, avec les dominos tombant les uns après les autres, doit être inversée".

L'ICEC rappelle donc que deux problèmes doivent d'abord être régler : s'occuper des coûts hérités des "défauts originels de la conception  même de la zone euro", mais aussi réparer la structure même du bloc.

Les dix-sept économistes qui ont signé le rapport appellent donc, comme beaucoup d'autres, à une mutualisation partielle de la dette, mais aussi à la création d'une sorte de gardien financier supranational qui pourrait donc passer outre les décisions des Etats.

Autres idées : que la Banque centrale européenne ne soit qu'un dernier recours pour les états qui font des demandes de prêts. Selon ce groupe d'économistes, le mécanisme européen de stabilité (MES) doit en effet jouer ce rôle, et non la BCE. Le dispositif de gestion des crises financières de la zone euro devrait donc avoir une licence bancaire conséquente, ce que refuse la BCE.

L'ICEC rappelle par ailleurs que les pays endettés et les autres doivent trouver au plus vite une solution, adopter un plan qui conviendra aussi bien aux marchés qu'aux populations. Pour cela, les états devraient se rappeler qu'il est de l'intérêt de tous de résoudre la crise. Selon eux, en l'absence d'un effort de tous les Etats européens, la zone euro se désintégrera rapidement. "Résoudre la crise actuelle, c'est du gagnant-gagnant pour les pays créditeurs et les pays en dettes. Mais le manque de confiance entre créditeurs et débiteurs entravent les pays européens qui n'arrivent pas à trouver des solutions qui bénéficieront à tout le monde".

Les économistes de l'ICEC estiment, en effet, que les décisions prises au sommet fin juin ne vont pas assez loin du tout, et recommandent donc de toute urgence des mesures à court-terme, notamment un soutien accru de la demande dans la zone euro par les pays qui connaissent un surplus fiscal. S'ils réclament des solutions à court-terme, les 17 économistes européens de premier plan n'oublient pas qu'il est impossible de s'attaquer aux problèmes traditionnels sans l'engagement véritable visant à repenser le système à long terme.

Des solutions déjà proposées par d'autres économistes, qui se heurtent toutefois toujours au gouvernement allemand, qui a pourtant beaucoup à perdre de cette crise.

Des instituts d'économie allemands estiment toutefois que si la Grèce quittait la zone euro, l'Allemagne devrait essuyer une perte de près de 82 milliards d'euros, 7 milliards de moins que si la Grèce restait au sein de cette zone économique, un scénario de moins en moins probable.

Les économistes de la banque américaine Citi ont, en effet, déclaré, ce jeudi, que la sortie de la Grèce de la zone euro aurait, désormais, 90% de chances d'arriver.

mercredi 11 juillet 2012

FESF: la Finlande bloque l'aide financière aux banques espagnoles



Le ministre espagnol de l'Economie Luis de Guindos a déclaré mardi que la Finlande bloquait l'accord d'aide financière allant jusqu'à 100 milliards d'euros aux banques ibériques, en situation difficile en raison de la crise financière qui secoue le pays.     


"L'accord est pratiquement prêt, mais la Finlande le bloque, en réclamant à l'Espagne des garanties en échange de l'octroi d'un prêt", a dit le ministre lors d'une conférence de presse à Bruxelles.

Auparavant, le président de l'Eurogroupe Jean-Claude Juncker a annoncé que l'Espagne recevrait fin juillet un premier versement de 30 milliards d'euros pour recapitaliser ses banques.

Quoi qu'il en soit, le Fonds européen de stabilité financière (FESF) ne peut débloquer l'argent pour l'Espagne que si cette décision est adoptée à l'unanimité. La Finlande a toutefois déclaré plus d'une fois qu'elle refusait de payer les dettes des autres pays de la zone euro. Bien que les cotisations finlandaises ne dépassent pas 2% du FESF, ce pays nordique formule les mêmes revendications à l'égard de la Grèce.


source

vendredi 6 juillet 2012

Roger Bootle : assassin de la zone euro



L’homme qui a inventé le moyen de se débarrasser de l’euro a reçu 250 mille livres. Le nom du lauréat du prix Wolfson, crée en 2011 a été annoncé à Londres. Le moyen le plus « doux » de la sortie de la zone euro a été proposé par Roger Bootle et son équipe de la compagnie de recherche Capital Economics.

Tous les compétiteurs se sont mis sérieusement à travailler sur ce devoir. La proposition qui a gagné avait décrit les conséquences sérieuses de la désintégration de la zone euro, de la sortie de la zone de quelques états, et elle avait proposé les recettes visant à réduire les dommages. Cependant, malgré tous les subterfuges, ils ne pourront pas éviter la réduction des salaires réels, la dévaluation et même des défauts de payement. Selon les économistes, les conséquences pareilles sont inévitables pendant la sortie de la zone euro et il ne faut pas les redouter, il faut les accepter et surmonter progressivement.

Le plan qui a gagné envisage avant tout les actes du gouvernement qui décidera de suspendre sa participation à la zone euro. Certains conseils sont dans l’esprit de Machiavelli. Le pays devra annoncer vendredi aux partenaires et aux structures internationales officielles le renoncement officiel à l’euro et l’introduction de la monnaie nationale, ayant déclaré le lundi le plus proche le Jour J. Les chercheurs de Capital Economics conseillent à l’Etat de convertir la dette publique en une nouvelle monnaie nationale et d’insister sur la révision avec les créditeurs des conditions du service de la dette. Peut-être le pays devra se déclarer en défait de payement.

Les analystes ont déjà évalué la rationalité du plan de Bootle. C’est un bon scénario de la sortie de la zone euro, a annoncé à La Voix de la Russie le directeur de l’analyse des marchés financiers et de la macroéconomie de la société « Alfa-Kapital » Vladimir Braguine.

« L’objectif principal est de convertir la dette extérieure en monnaie nationale pour que le pays ait la possibilité de la dévaluer. Deuxièmement, il faut sortir de la zone euro assez brusquement. La seule chose qui n’y est pas prise en considération c’est la question de l’hyperinflation. Je ne sais pas comment résoudre le problème dans ce contexte ».

Si l’on imagine qu’un pays doit recourir aux scénarios pareils, il s’agira plus tôt de la survie. Et le succès ne sera pas pour le lendemain.

dimanche 1 juillet 2012

Sauver l'euro : une politique «criminelle» selon un prix Nobel d'économie



Pour les prix Nobel Joseph Stilglitz et Paul Krugman, la politique économique menée par les dirigeants européens rend la récession inévitable. De ce constat, notre chroniqueur associé Roland Hureaux tire deux conclusions : le cycle de récession dans lequel s'est engagée l'Europe inquiète tous ses partenaires. De plus, les psychologies des peuples de la zone euro sont trop différentes pour que la réussite économique de l'Europe soit assurée.

«Criminelle», rien de moins : c’est ainsi que Joseph Stiglitz , prix Nobel d’économie, qualifie la politique actuelle de l’Europe visant à sauver l’euro et basée sur toujours plus de rigueur : politique d’Angela Merkel comme de François Hollande, malgré les velléités de politique de croissance de ce dernier, politique de Draghi, de van Rompouy et de Barroso. Le raisonnement est clair : les politiques menées par l’Europe – et particulièrement celles qui sont imposées aux pays faibles – ne peuvent qu’entraîner l’Europe dans la récession : «Les conséquences de cette précipitation de l’Europe vers l'austérité seront durables et probablement sévères. Si l'euro survit, ce sera au prix d'un chômage élevé et d’une énorme souffrance, notamment dans les pays en crise.» 

Il ajoute que «la souffrance que l’Europe, notamment celle des jeunes et des pauvres, est en train de subir, n'est pas nécessaire». «C'est ainsi que le plus grand atout d'une société, son capital humain, est en train d'être gaspillé voire anéanti.» «Il n'est aucun exemple d'une grande économie – et celle d’Europe est la plus grande au monde – qui se redresse grâce à l'austérité.» C’est ainsi que l’illustre économiste va jusqu’à  dire que «l'obstination de ses dirigeants dans l'ignorance des leçons du passé est criminelle». 

De quelles leçons du passé parle-t-il ? Celles des années trente évidemment : voulant à tout prix sauver le mark, l’Allemagne s’engagea à partir de 1930 dans une politique de déflation qui aggrava le chômage et conduisit où on sait. Contrairement à ce qu’on croit, l’euro n’est pas aujourd’hui ce qui sauve la paix en Europe ; bien au contraire, la volonté de le sauver à tout prix la met en péril. 

Paul Krugman [1], autre Prix Nobel, est à peine plus modéré. Pour lui, la relance de la croissance en Europe est urgente. Elle passe par un minimum d’inflation, surtout en Allemagne et non une austérité renforcée. A la question «Que pensez-vous des programmes de croissance qui sont actuellement débattus au sein de la zone euro ?», il répond : «c’est un pistolet à eau contre un rhinocéros qui charge. Ce sont des choses ridicules et insignifiantes». François Hollande appréciera.

L’EUROPE, TROU NOIR DU MONDE

Ce n’est pas seulement Stiglitz et Krugman qui regardent avec un œil  sévère et angoissé les politiques européennes. C’est le monde entier. Le cycle fou dans lequel l’Europe s’engage : déficit, rigueur, récession, encore plus de déficits, préoccupe le reste de la planète. Le continent européen représente le premier marché mondial. La récession dans le vieux continent signifierait la baisse des ventes pour le reste du monde : déjà l’économie chinoise est au point mort ; Obama, inquiet pour sa réélection, voit avec appréhension la récession européenne annihiler ses efforts de relance. L’Europe est analogue au trou noir de la cosmologie : s’effondrant sur lui-même, l’astre vieillissant, dans son cataclysme, aspire tout ce qui se trouve à proximité. 

Y a-t-il d’autre solution à ce cycle infernal que la fin de l’expérience de l’euro ? Paul Krugman, qui ne veut sans doute pas désespérer ses interlocuteurs en propose une : que l’Allemagne relance l’inflation chez elle. Le comportement de Mme Merkel prouve qu’on en est loin. Toute l’histoire de l’Allemagne contemporaine montre qu’attendre une politique inflationniste de ce pays est totalement irréaliste. 

On ne change pas en un tournemain la psychologie des peuples. Si l’euro est en train d’échouer sous nos yeux, c’est précisément parce que le facteur psychologique a été mis entre parenthèses. Avec une incroyable légèreté, on a cru que la mise en commun de la monnaie allait effacer en cinq ou dix ans les particularités nationales. C’est même le contraire qui s’est passé : comme l’application d’un exposant en arithmétique, l’euro a aggravé les divergences ! Un projet fondé sur l’ignorance des réalités, cela  s’appelle une utopie. La plupart se sont avérées, d’une manière ou d’une autre, criminelles. C’est précisément ce que Joseph Stiglitz dit de l’euro. C’est pourquoi il est urgent de mettre un terme à l’expérience. 

Roland Hureaux
[1] Der Spiegel, 23 mai 2012

dimanche 24 juin 2012

Koudrine sceptique sur l'avenir de l'euro



L'euro pourrait cesser d'exister comme monnaie unique européenne suite à la crise de grande ampleur qui approche, estime l'ancien ministre russe des Finances Alexeï Koudrine.
"L'euro fera face à de graves problèmes. En fait, c'est la préservation de la monnaie européenne qui sera mise en question. Pour moi, en tant qu'économiste, ce scénario est le plus plausible", a indiqué M.Koudrine dans une interview accordée à la chaîne de télévision russe Dojd.
D'après l'ex-ministre, le monde se trouve au seuil d'une très grave crise de pleine envergure. Ainsi, le problème de la dette grecque n'est pas résolu jusqu'à présent, et il est fort probable que cette question ne soit pas réglée dans le cadre de la participation de la Grèce à la zone euro, estime-t-il.
Dans le même temps, la sortie de la Grèce de la zone monétaire commune sera susceptible d'aggraver les problèmes de l'Espagne. "Suite à l'octroi de 100 milliards d'euros destinés à sauver les banques espagnoles, on peut dire que le pire scénario se confirme", a déclaré M.Koudrine.
Toujours selon lui, le plan de lutte anticrise que l'UE envisage de développer avant la fin de l'année en cours risque de ne pas apporter de solution universelle à l'ensemble des problèmes existants.
"Il est trop tard. Un tel programme aurait dû être mis au point il y a six mois (…). Il s'agit là d'une situation inacceptable, vu l'ampleur de la crise et les conséquences qu'elle peut entraîner pour les pays et leurs citoyens", a souligné l'ex-ministre russe.

jeudi 8 décembre 2011

Sommet clé sur une nouvelle architecture de l'euro


De nombreux désaccords subsistent entre les dirigeants de l'Union européenne sur le détail de la future architecture de la zone euro, à quelques heures d'un sommet européen dont les résultats devront convaincre la BCE de faire plus pour soutenir les pays en difficulté et assurer la pérennité de la monnaie unique.

Sur la forme, les jeux restent également ouverts entre une réforme des traités européens à 27 et en bonne et due forme et la signature d'un nouveau traité entre les seuls 17 pays qui partagent l'euro, jugé plus rapide à mettre en oeuvre.

La France et l'Allemagne, qui se sont entendues lundi sur une série de propositions, ont transmis mercredi au président du Conseil européen Herman Van Rompuy une lettre de quatre pages détaillant les réformes que les deux pays jugent nécessaires.

Toutefois, ce dernier a pris les devants et préparé un rapport qui ne reflète que partiellement la contribution franco-allemande au débat.

Le texte promet des discussions animées entre les dirigeants des Vingt-Sept jeudi et vendredi à Bruxelles sur des sujets tels que la capacité d'intrusion qu'auront les autorités européennes dans les budgets nationaux ou la perspective de créer à terme des euro-obligations.

Selon plusieurs sources proches des négociations, la France et l'Allemagne, qui ont pris connaissance du rapport Van Rompuy, ont réaffirmé mercredi leur veto à ces obligations communes, pourtant défendues par une majorité de pays de la zone euro.

"C'est totalement exclu. Il y a un veto allemand. Et il y a une veto français. Le rapport n'a pas altéré les positions énoncées lundi", a dit l'une des sources.

PARIS ET BERLIN SUR LA MÊME LIGNE

Paris et Berlin sont également désormais sur la même ligne sur la question du contrôle budgétaire.

Ils proposent dans leur lettre que la Commission soit chargée de déclencher les procédures de sanctions, qui feront l'objet d'une discussion politique au sein de l'Eurogroupe mais ne pourront être arrêtées que si une majorité qualifiée de pays s'y oppose, un compromis qui est susceptible d'être entériné par le reste des membres de la zone euro.

En revanche, les discussions sont plus difficiles sur la forme que prendra le futur mécanisme de stabilité financière (MES), qui prendra la suite de l'actuel Fonds européen de stabilité financière (FESF) et dont Nicolas Sarkozy et Angela Merkel ont dit vouloir avancer l'entrée en fonction à 2012.

Si les deux pays ont clarifié le fait que le MES agirait selon les principes du Fonds monétaire international pour ce qui est de la participation du secteur privé et que la Grèce resterait un cas unique, ils continuent de s'opposer sur le plafond de ce fonds et sur ses prérogatives.

Afin d'en doper la capacité effective de prêt, qui avait été fixée au printemps à 500 milliards d'euros, les Européens discutent de la possibilité de le doter d'une licence bancaire - qui lui donnerait accès aux fonds illimités de la BCE - et de le déplafonner, deux propositions formulées par Herman Van Rompuy.

La France y est favorable mais Berlin continue de s'y opposer fermement, considérant que cela reviendrait à donner une garantie illimitée aux Etats et retirerait toute incitation à la discipline et aux réformes.

Les deux pays sont en revanche d'accord pour en revoir les procédures de décision afin d'abandonner l'unanimité et installer un système de "supermajorité" représentant 85% de la clé de répartition au capital de la BCE, un point également repris à son compte par Herman Van Rompuy.

Mais cette fois, ce sont les petits Etats, et notamment la Finlande, qui s'y opposent fermement.

LA BCE ATTEND DES RÉSULTATS

A ces questions de fond s'ajoutent des interrogations sur la forme que doivent prendre ces réformes, alors qu'une révision des traités semble de plus en plus incertaine et que la perspective de voir un nouveau traité ad hoc signé uniquement par les membres de la zone euro gagne en puissance.

Berlin et Paris continuent certes d'insister officiellement sur leur volonté de procéder à 27 dans le cadre des institutions actuelles mais ils se déclarent prêts dans leur lettre à "aller de l'avant" avec les seuls pays de la monnaie unique.

D'autant qu'une réforme des traités prendrait au bas mot de 12 à 18 mois, une laps de temps jugé trop long face à la pression des marchés et aux échéances de refinancement de dette du début 2012 de pays comme l'Italie ou l'Espagne.

D'autant aussi que le Royaume-Uni a prévenu à plusieurs reprises ces derniers jours qu'il lierait une telle révision des traités à des concessions en matière de répartition de compétences entre Londres de Bruxelles, avec notamment la volonté d'obtenir un droit de veto sur la régulation des services financiers.

Compte tenu de ces incertitudes sur l'issue du sommet, plusieurs sources européennes ont indiqué mercredi à Reuters que la BCE n'interviendrait plus activement pour soutenir les pays en difficulté que si les Etats membres de l'UE s'engageaient de manière forte à Bruxelles sur un nouveau "pacte budgétaire" et inscrivait celui-ci dans le marbre des traités.

Selon ces sources, l'institut de Francfort a été activement impliqué dans la préparation des propositions visant à dessiner la nouvelle architecture de la zone euro alors que son président, Mario Draghi, avait lié un rôle plus actif de la banque à ce nouveau pacte budgétaire.

Julien Toyer,
reuters