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mardi 16 avril 2013

Vers un « printemps européen » ?


Deux documents évoquant les problèmes de la politique économique, ont été portés à la connaissance du public en Europe. Le commissaire européen aux affaires économiques et monétaires Olli Rehn a présenté une analyse de la situation économique dans 13 pays membres de l’UE, rapportent les médias. L’Organisation internationale du Travail a de son côté publié un rapport sur la situation du marché de l’emploi dans l’Union européenne. Si les sujets, auxquels sont consacrés ces deux rapports, ne sont pas nouveaux, les conclusions de leurs auteurs sont dignes d’intérêt.

Selon l’expression du journal allemand Neues Deutschland, le gouvernement espagnol a encore reçu une « douche froide ». Le commissaire Olli Rehn a exigé que l’Espagne et la Slovénie revoient en urgence leur politique économique. Les réformes en Espagne sont « défaillantes », selon lui, et elles sont excessivement lentes. Le taux de chômage a déjà atteint 26%, et 56% parmi les jeunes.

En l’occurrence, la position de Bruxelles coïncide avec l’opinion des analystes, même espagnols. Le rapport venant d’être présenté par l’Organisation internationale du Travail sise à Genève, souligne qu’à cause du taux de chômage élevé dans certains pays européens les tensions sociales risquent de s’accentuer. C’est sous la direction de l’économiste espagnol Miguel Ángel 
Malo que ce rapport a été rédigé.

Les hommes politiques européens et les experts ont de nombreuses de raisons d’être inquiets, notamment en ce qui concerne une probable explosion sociale.:

« Je crois qu’il ne faut quand-même pas s’attendre à une explosion. Mais si les motifs de préoccupation existent. Tout ne dépend pas des autorités. La croissance peut être stimulée dans une certaine mesure, mais il est impossible de la garantir au niveau administratif. A bien des égards, c’est le temps qu’il faut pour que l’économie revienne à la normale », selon Sergueï Outkine, directeur du département intégration de l’Institut russe de l’économie mondiale et des relations internationales
Ceux qui défendent les intérêts des travailleurs, par exemple Thomas Händel, eurodéputé du parti allemand Die Linke, s’opposent à la politique économique néolibérale.

« L’Europe s’obstine à suivre le cap mis sur le néo-libéralisme. Par conséquent, ce sont les autres qui profitent des avantages du libre échange, de la libre circulation des capitaux. Il s’agit cependant des questions sociales et notamment de la possibilité d’exercer un emploi décent comme objectif dans la vie. Un emploi qui tirera les gens de la pauvreté en les rendant autonomes. Voici ce que manque l’Europe aujourd’hui ».
Certains évoquent la probabilité d’un « printemps européen », écrit le magazine allemand Cicero. On constate en effet des prémices de ce « printemps », qui est politique. 

Oleg Severguine 

vendredi 12 avril 2013

" ALERTE : les comptes bancaires européens peuvent être officiellement spoliés

Michel Barnier en avait déjà parlé, désormais le projet de directive est officiellement mis en place : les comptes bancaires de plus de 100.000 euros seront mis à contribution en cas de crise bancaire. Chypre n'était donc qu'une première étape, comme nous l'avions dit."

Chypre Hands off Cyprus Anonymous #OpCyprus

mardi 5 mars 2013

La zone euro après le choc des élections italiennes



En ce début mars l’Union européenne se penche de nouveau sur la crise battant son plein dans la zone euro. Deux forums se tiennent aujourd’hui et demain à Bruxelles : aujourd’hui c’est la réunion de l’Eurogroupe et demain la réunion de l’Econfin, conseil des ministres de l’Economie et des Finances de l’Union européenne.

Les élections générales d’il y a une semaine en Italie rendent imprévisible la situation non seulement dans ce pays mais aussi partout au sud de l’UE. D’où l’« effet domino », dont la menace plane au-dessus des pays aux difficultés dont la Grèce, Chypre et le Portugal, qui est de nouveau à l’ordre du jour des réunions des ministres européens.

Publiés fin semaine dernière les nouveaux chiffres sur le chômage établissent un nouveau record dans les pays de la zone euro tout en témoignant de la baisse ultérieure du pouvoir d’achat des ménages. Cela suffisait largement pour inspirer le pessimisme aux membres de l’Eurogroupe et de l’Ecofin. Mais voilà que les réalités politiques italiennes y ont ajouté du sien.

Aujourd’hui ce sont la Grèce et l’Italie qui posent le vrai problème à la zone euro. Une sortie hypothétique de la première aura cependant un effet dévastateur, fait remarquer Olga Boutorina, directrice du Département de l’intégration européenne de l’Institut d’Etat des relations internationales de Moscou (MGIMO).

« Une sortie de la Grèce de la zone euro porterait un énorme coup à son économie. Les experts de la Banque suisse estiment que pour un pays tel que la Grèce sortir de la zone euro entraînera une baisse de 50% de son produit intérieur brut dans les douze mois qui suivront la sortie, et entre 10 et 20% par la suite. Ce sont des sommes colossales, exorbitantes ».

En Italie la crise financière n’a pas encore pris l’ampleur de celle qui fait des ravages en Grèce. L’Italie est bien la troisième économie de la zone euro. Les élections parlementaires ont néanmoins mis en lumière les tendances déstabilisantes dans ce pays. Ce n’est pas le hasard que le populiste Beppe Grillo et son Mouvement 5 étoiles qui ont recueilli un quart des voix.

Et pourtant, il n’y a pas lieu de prédire la fin de l’euro, insiste le directeur du Centre des études européennes de l’Institut de l’économie mondiale et des relations internationales de l’Académie des sciences de Russie, Alexandre Kouznetsov.

« L’euro a des problèmes dont on est parfaitement au courant. Avec cela, on ne peut pas dire non plus que comparé à l’euro le dollar est une monnaie qui se porte très bien. L’économie mondiale est organisée d’une telle manière qu’elle ne peut pas exister sans une monnaie de réserve. Mais jusqu’ici personne n’a pu proposer une alternative au tandem dollar/euro ».

Piotr Iskenderov

samedi 29 décembre 2012

Le Portugal vend ses aéroports!



IRIB- Le gouvernement portugais a cédé, jeudi, le gestionnaire d'aéroports ANA au groupe de BTP français Vinci pour 3,08 milliards d'euros, dépassant ainsi l'objectif de 5,5 milliards visé par l'ensemble du programme de privatisations négocié avec ses créanciers internationaux.l'exécutif "a adopté une résolution qui désigne Vinci Concessions SAS vainqueur pour l'acquisition du capital d'ANA Aéroports du Portugal", a déclaré le porte-parole du gouvernement portugais, Luis Marques Guedes, à l'issue du conseil des ministres qui a duré près de neuf heures.

"La proposition qui l'a emporté s'élève à 3,08 milliards d'euros" et était "la plus élevée financièrement" mais aussi "la plus intéressante au plan stratégique", a précisé la secrétaire d'Etat au Trésor Maria Luis Albuquerque. L'offre de Vinci a supplanté celles du consortium emmené par le groupe allemand Fraport, celui de l'argentin Corporacion América et celui du gestionnaire de l'aéroport de Zurich. Vinci a aussitôt réagi saluant l'acquisition comme "un atout majeur" pour sa stratégie grâce à la "plaque-tournante" que représente l'aéroport de Lisbonne. Désormais, concessionnaire unique, pour 50 ans, des dix aéroports du Portugal, le groupe français était déjà présent dans le pays avec une participation de 37% dans Lusoponte, le gestionnaire du pont Vasco de Gama qui enjambe le Tage à Lisbonne. D'une longueur de 17 km, c'est l'un des plus grands d'Europe.

En échange d'une aide financière de l'Union européenne et du Fonds monétaire international (FMI), Lisbonne s'est engagé en mai 2011 à mettre en oeuvre un vaste plan de rigueur et de réformes sur trois ans, qui prévoyait la cession de quelque 5,5 milliards d'euros d'actifs publics. "Nous en sommes désormais à 6,4 milliards", s'est félicité Mme Albuquerque, jugeant que cette opération démontrait la capacité du Portugal à "obtenir des recettes importantes et supérieures aux attentes". Contrairement à la Grèce, qui a dû reporter et revoir à la baisse son programme de privatisations, le Portugal enregistre déjà plusieurs succès dans ce domaine.La cession de 95% du capital d'ANA, car les 5% restants seront vendus aux employés, intervient après la vente de participations dans les groupes électriciens EDP et REN à des investisseurs chinois et omanais, qui ont rapporté 3,3 milliards d'euros aux caisses de l'Etat portugais.

Cependant, le gouvernement a essuyé son premier échec la semaine dernière en refusant l'offre du seul candidat en lice pour le rachat de la compagnie aérienne TAP Portugal, le groupe sud-américain Synergy qui détient la compagnie colombienne Avianca. Synergy était prêt à couvrir le passif de la TAP, estimé à 1,5 milliard d'euros, et à verser 35 millions d'euros à l'Etat portugais, mais n'a pas fourni les garanties bancaires nécessaires à la conclusion de l'opération. Le Premier ministre portugais, Pedro Passos Coelho, a annoncé son intention de relancer la privatisation de TAP, le premier client d'ANA, "dès qu'il sera opportun".Le programme de privatisations prévoit en outre la vente des chantiers navals de Viana do Castelo (Nord-Ouest), de la poste (CTT), des branches santé et assurance de la banque publique Caixa geral de depositos (CGD) et de la filiale pour le fret des chemins de fer portugais (CP Carga). Le gouvernement de centre-droit souhaite également privatiser l'audiovisuel public mais n'a toujours pas précisé ses intentions concernant ce dossier très controversé en raison de l'appétit affiché par un groupe de médias, à capitaux angolais.

La vente de ces actifs doit contribuer à réduire une dette publique qui a atteint 120% du PIB. Mais le gouvernement compte également sur la vente d'ANA pour respecter ses objectifs budgétaires. Afin de ramener le déficit à 5% du PIB cette année, l'exécutif a signé un contrat de concession avec ANA pour un montant de 1,2 milliard d'euros, dont la moitié a été enregistrée dans les comptes publics de 2012. Cependant, cette opération doit recevoir l'aval de l'office statistique européen Eurostat, sans lequel l'objectif budgétaire ne pourra être atteint, a prévenu Bruxelles, dans un rapport, publié, vendredi dernier.

samedi 15 décembre 2012

Les dettes de l'Espagne et de l'Italie franchissent des records



La dette publique de l'Espagne a atteint un nouveau record historique fin septembre, à 77,4% du PIB, un niveau préoccupant du fait des taux d'intérêt élevés auxquels l'Espagne emprunte sur les marchés.

La dette du pays a augmenté de 10,7 points par rapport à la même période de l'année précédente, une hausse liée tant à l'administration centrale qu'aux 17 régions autonomes, a annoncé vendredi la Banque d'Espagne.

Le gouvernement prévoit que la dette publique atteigne 85,3% du PIB à la fin de l'année, contre 69,3% à la fin 2011, largement au-dessus de la limite fixée par le Pacte de stabilité de l'UE (60%). Cette prévision ne tient pas compte du prêt européen aux banques espagnoles, dont le premier volet de 37,5 milliards d'euros est attendu dans les prochains jours.

Si cette aide atteignait le maximum prévu (100 milliards d'euros), elle représenterait dix points supplémentaires pour la dette du pays. Le montant final devrait toutefois rester largement inférieur à ce plafond.

dimanche 12 août 2012

L’euro aura bien joué son rôle, pour la régression sociale!



La spirale infernale de l'austérité, de la pauvreté et de la faillite se met doucement  en place, dans cette Europe dite développée socialement. On va dans le mur, à vitesse constante, sans freins, et en klaxonnant, comme si on avait gagné avec les plans d'austérité.

Les plus fragiles sont touchés, en premier : Grèce, Portugal, Espagne, Italie, Irlande, Chypre... Ils n'ont aucune chance de rembourser leur dette. Puis, viendront la France, l'Allemagne, très dépendantes de ces pays, pour leurs exportations…

L'Euro et la crise sont une construction machiavélique des financiers et des gouvernements néolibéraux, pour "la revanche sociale" et la captation de l'argent des peuples. Par la dérégulation et la mondialisation, délocaliser, chez les pauvres, pour faire augmenter chômage et pauvreté chez nous. Puis, baisser l'impôt des riches, pour organiser des déficits, emprunter, pour augmenter la dette et les intérêts qui seront payés par l'augmentation de la fiscalité sur les populations, puis, la baisse des revenus et de la protection sociale.

Mais cette austérité appauvrit le peuple. Il y aura moins de rentrées fiscales (impôts, TVA…), car il consomme moins. Et c'est ainsi que les plans d'austérité provoquent l'inverse de l'effet recherché : le déficit se creuse, la dette augmente et les intérêts gonflent encore ( 52 Milliards cette année pour la France, pour 1.800 Milliards de dette ! ). Il faut donc encore plus d'austérité et vendre les "bijoux de famille" (privatisations), pour plus de pauvreté …et peut être mourir guéri. Les peuples grecs et espagnols sont, actuellement, dans cette tourmente.

Et comme l'Euro interdit à chaque gouvernement de financer ses déficits, par sa banque centrale, ou de dévaluer, pour redevenir compétitif à l'export, dette et récession agissent comme un garrot qui étrangle, petit à petit, le pays et son peuple.

L'Euro, monnaie forte, faite pour l'économie allemande, mais aussi, pour les rentiers, financiers et spéculateurs, a, progressivement, tué la croissance et l'économie de l'Europe développée, grâce à la mondialisation et aux paradis fiscaux. La monnaie unique aura épuisé et appauvri ses peuples, au grand bénéfice des financiers et des multinationales, qui eux, commencent à quitter le navire Euro, avant sa mort programmée, suite à une lente agonie.

La torture économique imposée par l'Euro et la mondialisation auront eu le résultat espéré, par 30 ans de vague néolibérale : arrêter tout développement social et humain, dans le monde, et provoquer une récession sociale de grande ampleur, dans sa partie la plus développée, l'Europe de l'Ouest.

Pour le moment, les privilégiés de la planète ont gagné. Grâce à la dérégulation de l'économie, aux délocalisations et à une mondialisation néocolonialiste et néo-esclavagiste, qui interdit tout développement social, dans les pays pauvres, l'internationale des spéculateurs et des multinationales a réussi à capter tous les bénéfices du travail humain, ne laissant aux populations que les miettes nécessaires, pour consommer les produits à grand profit, fabriqués par les pauvres.

On sait que l'humanité avance, très lentement, vers la liberté et le progrès social, de trois pas en avant, suivis de deux en arrière. Et que dans les phases de recul, comme en Europe, depuis les années 80, les révoltes populaires généreuses et désordonnées ne suffisent pas à rétablir cette marche en avant de l'homme, si elles ne sont pas porteuses d'un projet démocratique, réellement, alternatif et cohérent, c'est-à-dire, progressiste et humaniste.

"Los indignados" et les mouvements altermondialistes nous en apportent la preuve. Et en France, l'arrivée de la Gauche au pouvoir n'est qu'une alternance néolibérale de plus, pour une austérité "partagée" …,avant que les riches ne fuient.

En tous cas, dans le grand casino mondial de la manipulation monétaire, l'Euro aura bien joué son rôle : casser le développement social et humain de l'Europe de l'Ouest, sans avoir recours à la guerre.

vendredi 3 août 2012

Un euro inutile, mais irremplaçable



Les experts promettent à nouveau une fin proche de la monnaie unique.

L’économiste américain Nouriel Roubini, qui a prédit la crise de 2008, vient d’affirmer que la zone euro n’existera pas plus de six mois, et ensuite elle risque de s’effondrer complètement ou en partie.

Ce n’est pas la première fois que les spécialistes enterrent la zone euro et la monnaie unique, tandis que d’autres sont persuadés que la monnaie européenne ne pourra pas disparaître. Elle est devenue une alternative au dollar américain, dont les marchés ne peuvent pas se passer.

Les eurosceptiques ont fait part dès le début de leur pessimisme concernant le projet de la zone économique et monétaire commune. Selon eux, il s’agit plus d’une décision plutôt politique, et non pas économique. Pour le directeur du département analytique de la société d'audit FBK Igor Nikolaïev, l'introduction de l'euro n'a pas donné de nouvel élan au développement de l’économie de la région, comme cela était précu.

« La zone euro a été créée avant tout pour des raisons politiques. Nous avons suivi la dynamique, année par année, des exportations, des importations et du PIB des pays européens en 8-10 années avant et après la création de la zone euro. Il s’avère que la création de l’espace monétaire commun n’a aucun effet significatif sur les importations et les exportations. Il y a une baisse générale de tous les indicateurs ».

Lorsque l'euro était créé, peu nombreux étaient ceux qui y voyaient un contrepoids au dollar. La monnaie était plutôt perçue comme une tentative d’Allemagne de renforcer le contrôle sur les marchés de l'Union européenne. Par ailleurs, l’Allemagne, locomotive de l’économie européenne, devait répondre à la croissance rapide des économies de l’Asie et de l’Amérique latine.

« L’association des pays européens était nécessaire pour faire face à la croissance phénoménale des économies de l’Asie », explique l’experte en macroéconomie Elena Matrossova. « Malgré leur ampleur, les Allemands ont de plus en plus de mal à entrer en compétition avec les pays émergents, comme le Brésil, ou la Chine. L'unification de l'Europe – c’est un projet allemand. Et naturellement, l’Europe unie devrait avoir une monnaie unique ».

Cependant, les pays périphériques de l’Union européenne se sont retrouvés dans un piège économique à cause de ce projet. C’est l’euro, dont les cours se sont envolés, qui les a empêchés d’entrer en concurrence avec la Chine et l'Inde. Et ils ont du mal à entrer en compétition avec l’Allemagne à cause d’une différence dans les potentiels industriels. Le directeur de l’Institut de la globalisation et des mouvements sociaux Boris Kagarlitski estime que la désindustrialisation du Vieux Monde est la raison principale de la création de la zone euro.

Les partisans de l’Europe unie rappellent que l’euro est devenu le catalyseur au développement du commerce dans l'espace économique unique. La monnaie unique a permis de résoudre le problème de l’inflation en Grèce et en Italie. Les deux pays n’arrivaient pas à vaincre ce fléau depuis de nombreuses années. L’intégration à la monnaie unique avait aussi un coût, mais selon les experts, ce coût n’est pas associé au processus d'intégration, et les échecs de certains gouvernements. Enfin, la réalisation principale et indéniable de l'euro – c’est le fait qu’il s’agit d’une nouvelle monnaie de réserve, le seul concurrent réel au dollar dans l'économie mondiale. Mikhaïl Khazine, le président du cabinet de conseil « Neokon » est persuadé que les Etats-Unis déploient des efforts considérables pour affaiblir ce concurrent redoutable.

« Pour cette raison, les États-Unis tentent désespérément de forcer l'Allemagne à payer pour tout le monde. Pour que toutes les économies européennes soient faibles. L’objectif stratégique de l'Allemagne pourrait être le suivant : l’Allemagne ne paie pour rien, et ceux qui le veulent, viennent à Berlin, et reçoivent une aide directe pour conditions difficiles à réaliser ».

Nombreux sont les experts qui estiment que le retour des membres de la zone euro à leurs monnaies historiques sera la meilleure issue au drame européen. Le problème, c’est que le divorce « à l’amiable » n’est pas possible. 


En se séparant, les pays devront détruire les liens économiques, qui se sont créés en 15 ans. Il s’agit des obligations en euros, des actions de sociétés européennes, et des transactions financières entre les pays. Il faudra du temps et beaucoup d’argent pour transformer tout cela en monnaies locales. Selon Mikhaïl Khazine, seule la monnaie allemande pourrait jouer ce rôle, et elle deviendra un analogue à l’euro.

Un autre point important: la notion de «l'effondrement de la zone euro » est interprétée de manière trop large. Pour que la zone monétaire européenne cesse d’exister, il faut que les principales économies de la zone, la France et l’Allemagne, sortent de cet espace économique. On parle déjà de la sortie de plusieurs pays à problèmes. Mais ce n’est pas une raison suffisante pour enterrer la monnaie européenne.

Vlad Grinkevitch

jeudi 2 août 2012

Effets de la crise de la zone euro sur la croissance économique mondiale



Le Président français, François Hollande, et le Président américain, Barack Obama, ont estimé, mercredi, lors d'une conversation téléphonique, que la stabilité de la zone euro était nécessaire à la reprise de la croissance mondiale, apprend-on, dans un communiqué de l'Elysée.

«Ils ont eu un échange approfondi, sur la situation économique internationale, et ont exprimé leur intérêt commun à la croissance, en Europe, et à la stabilité de la zone euro, nécessaires à la reprise de l'activité économique mondiale», peut-on lire dans ce texte. «Le chef de l'Etat a insisté sur la volonté de la France de mettre en œuvre, avec ses partenaires de l'Union européenne, les décisions prises par le Conseil européen des 28 et 29 juin derniers. Les dispositifs et instruments prévus, à cette occasion, doivent pouvoir être utilisés, dans les meilleurs délais», ajoute le communiqué. Par ailleurs, le Président de la Banque centrale des États-Unis (Fed), Ben Bernanke, a reconnu que la croissance économique des États-Unis s’était encore affaiblie et que les perspectives d’amélioration n’étaient prévisibles, jusqu’à la fin 2014. Dans un communiqué, Bernanke a ajouté qu’un comité suivait de près les informations économiques et financières, pour les analyser et proposer des solutions.

vendredi 27 juillet 2012

Pour George Soros, l'Europe est menacée d'"un désastre aux proportions inimaginables"



 Les conseils, pour sauver la zone euro, se multiplient.

Cette fois, c'est un rapport de l'Institute for New Economic Thinking Council on the Euro Zone Crisis (ICEC), qui comprend deux conseillers du gouvernement allemand, et qui est soutenu par le financier milliardaire américain, George Soros, qui s'y colle. Mais, d'abord, l'organisation sonne l'alarme, une fois de plus.

"Nous pensons que l'Europe avance tout droit vers un désastre aux proportions inimaginables. L'impression de crise qui n'en finit pas, avec les dominos tombant les uns après les autres, doit être inversée".

L'ICEC rappelle donc que deux problèmes doivent d'abord être régler : s'occuper des coûts hérités des "défauts originels de la conception  même de la zone euro", mais aussi réparer la structure même du bloc.

Les dix-sept économistes qui ont signé le rapport appellent donc, comme beaucoup d'autres, à une mutualisation partielle de la dette, mais aussi à la création d'une sorte de gardien financier supranational qui pourrait donc passer outre les décisions des Etats.

Autres idées : que la Banque centrale européenne ne soit qu'un dernier recours pour les états qui font des demandes de prêts. Selon ce groupe d'économistes, le mécanisme européen de stabilité (MES) doit en effet jouer ce rôle, et non la BCE. Le dispositif de gestion des crises financières de la zone euro devrait donc avoir une licence bancaire conséquente, ce que refuse la BCE.

L'ICEC rappelle par ailleurs que les pays endettés et les autres doivent trouver au plus vite une solution, adopter un plan qui conviendra aussi bien aux marchés qu'aux populations. Pour cela, les états devraient se rappeler qu'il est de l'intérêt de tous de résoudre la crise. Selon eux, en l'absence d'un effort de tous les Etats européens, la zone euro se désintégrera rapidement. "Résoudre la crise actuelle, c'est du gagnant-gagnant pour les pays créditeurs et les pays en dettes. Mais le manque de confiance entre créditeurs et débiteurs entravent les pays européens qui n'arrivent pas à trouver des solutions qui bénéficieront à tout le monde".

Les économistes de l'ICEC estiment, en effet, que les décisions prises au sommet fin juin ne vont pas assez loin du tout, et recommandent donc de toute urgence des mesures à court-terme, notamment un soutien accru de la demande dans la zone euro par les pays qui connaissent un surplus fiscal. S'ils réclament des solutions à court-terme, les 17 économistes européens de premier plan n'oublient pas qu'il est impossible de s'attaquer aux problèmes traditionnels sans l'engagement véritable visant à repenser le système à long terme.

Des solutions déjà proposées par d'autres économistes, qui se heurtent toutefois toujours au gouvernement allemand, qui a pourtant beaucoup à perdre de cette crise.

Des instituts d'économie allemands estiment toutefois que si la Grèce quittait la zone euro, l'Allemagne devrait essuyer une perte de près de 82 milliards d'euros, 7 milliards de moins que si la Grèce restait au sein de cette zone économique, un scénario de moins en moins probable.

Les économistes de la banque américaine Citi ont, en effet, déclaré, ce jeudi, que la sortie de la Grèce de la zone euro aurait, désormais, 90% de chances d'arriver.

mardi 24 juillet 2012

Alerte sur l’Europe : une crise (de la dette) peut en cacher une autre


Ceux qui, de bonne foi, nous assuraient après le dernier sommet européen que la crise (financière) était derrière nous se fondaient sur le constat – partagé – de progrès indiscutables dans les domaines de la réglementation et de la supervision des marchés financiers, de la mise en place de mécanismes de solidarité (FESF et MES), et de réformes institutionnelles profondes (Traité de Lisbonne, Pacte de Solidarité et de Croissance, Traité de discipline budgétaire, mécanisme communautaire de surveillance, etc.), toutes mesures qui n’auraient, sans aucun doute, pas vu le jour sans la pression exercée par la crise.


Aussi, même si ses symptômes se sont, jusqu’à présent, principalement manifestés dans les sphères économiques et financières, la crise qui nous attend est d’un tout autre ordre. Il s’agit d’une crise essentiellement « politique » dans laquelle les enjeux sont de nature à remettre en cause notre système démocratique, notre modèle social, nos valeurs de liberté sous toutes ses formes et, in fine, la paix, facteurs que les générations actuelles considèrent – à tort – comme des « droits » intangibles et acquis une fois pour toutes !

Dans un monde globalisé (pour le meilleur et le pire) la poursuite de l’intégration européenne est devenue une nécessité absolue, si l’on prétend vouloir défendre les intérêts supérieurs de l’ensemble des citoyens européens. Or, force est de constater une bipolarisation politique croissante dont les objectifs sont incompatibles : d’une part une dérive de nature populiste/nationaliste et europhobe et de l’autre, celle, plus récente, visant l’instauration d’une Europe fédérale.

Point n’est besoin de démontrer la montée en puissance de partis extrémistes faisant de l’euroscepticisme, du protectionnisme et du repli identitaire leur credo simpliste et trompeur, recourant à la chasse au « bouc émissaire » qu’il soit banquier, chômeur, immigrant ou simplement « différent ». Leur discours réducteur séduit les déçus et les laissés pour compte, de plus en plus nombreux; en outre, l’émergence de nouveaux scandales dans le milieu bancaire (LIBOR, blanchiment etc.) achève de décrédibiliser la compétence, l’éthique et la volonté politique des autorités en place.

Par contre, il faut se réjouir de ce que le soutien à l’idée d’une construction européenne « fédéraliste » soit devenu « politiquement autorisé » - sinon encore « correct » - même s'il demeure encore très largement élitiste. Cela est dû à l’incapacité et, souvent, à la mauvaise volonté de la classe politique, de défendre ce dossier, pourtant crucial, devant l’opinion publique déboussolée. Cette démission généralisée trouve son origine dans des causes structurelles qui varient d’un pays à l’autre. En effet, les oppositions politiques « nationales », entre partis fondamentalement acquis au projet « fédéraliste », prennent toujours le pas sur l’objectif européen pourtant partagé, faisant ainsi le jeu de l’opposition nationale/populiste en divisant une majorité largement silencieuse.

Ce phénomène n’est nulle part plus évident qu’en France où, lors des récentes élections, les deux partis dits « de gouvernement » ont cherché à séduire leurs concurrents positionnés à l’extrême gauche et droite du spectre politique. Le PS et l’UMP étant eux-mêmes traversés par des courants « souverainistes et protectionnistes », il est difficile d’imaginer qu’une majorité puisse se dessiner en faveur d’un fédéralisme européen, car l’opposition partisane viscérale qui anime les deux partis empêche tout accord. Le taux record d’abstentions et le laminage du Centre par l’électeur ne fait que parfaire la démonstration.


Aux oppositions qui rendent déjà complexes un accord sur le plan national, vient s’ajouter la difficulté de trouver un modèle d’intégration politique qui puisse satisfaire la diversité des traditions qui imprègnent l’histoire de chacun des pays membres de l’Union.


Au niveau européen, il est urgent de changer de paradigme et cesser de prétendre que le traitement des dossiers économico-financiers – aussi importants soient-ils – constitue un devoir nécessaire et surtout suffisant. La priorité absolue doit être de créer une véritable adhésion citoyenne à la réalisation d’une Europe politique, tant il est évident que seul l’Union, dotée de pouvoirs adéquats, pourra apporter une réponse crédible à la crise économique et financière. Ainsi pourra-t-on s’atteler, non seulement aux problèmes du chômage et du pouvoir d’achat, mais aussi à ceux de la sécurité et de la justice dont le maintien est intimement lié à la lutte contre la précarité et le maintien des acquis sociaux.

En principe, un degré d’optimisme paraît justifié parce que l’Europe dispose globalement des ressources nécessaires pour surmonter la crise, grâce à sa richesse, son niveau d’éducation et sa capacité de recherche et d’innovation, mais leur mobilisation efficace nécessite impérativement une intégration plus poussée contrebalancée par une solidarité accrue.

Par contre, le déficit de volonté politique dans chacun des pays membres de l’Union, constitue son plus grand handicap. Sans une mobilisation générale de l’opinion publique en faveur de la construction européenne, les propagandistes du « rêve nationaliste » auront un boulevard ouvert devant eux, capitalisant sur l’incapacité de leurs opposants à s’entendre sur l’essentiel.

C’est donc à la classe politique qu’il revient de prendre clairement la direction des opérations; les financiers et autres acteurs économiques responsables se mettront alors très volontiers à leur service !

Paul Goldschmidt

mercredi 11 juillet 2012

FESF: la Finlande bloque l'aide financière aux banques espagnoles



Le ministre espagnol de l'Economie Luis de Guindos a déclaré mardi que la Finlande bloquait l'accord d'aide financière allant jusqu'à 100 milliards d'euros aux banques ibériques, en situation difficile en raison de la crise financière qui secoue le pays.     


"L'accord est pratiquement prêt, mais la Finlande le bloque, en réclamant à l'Espagne des garanties en échange de l'octroi d'un prêt", a dit le ministre lors d'une conférence de presse à Bruxelles.

Auparavant, le président de l'Eurogroupe Jean-Claude Juncker a annoncé que l'Espagne recevrait fin juillet un premier versement de 30 milliards d'euros pour recapitaliser ses banques.

Quoi qu'il en soit, le Fonds européen de stabilité financière (FESF) ne peut débloquer l'argent pour l'Espagne que si cette décision est adoptée à l'unanimité. La Finlande a toutefois déclaré plus d'une fois qu'elle refusait de payer les dettes des autres pays de la zone euro. Bien que les cotisations finlandaises ne dépassent pas 2% du FESF, ce pays nordique formule les mêmes revendications à l'égard de la Grèce.


source

mercredi 4 juillet 2012

Il faut créer une organisation de coordination de la zone euro, et vite !


La crise de l'euro traîne en longueur depuis plus de deux ans et empoisonne l'activité économique de l'Union européenne. Pour être précis, ce n'est pas une crise monétaire, car l'euro est une monnaie dont aucun usager ne cherche à se défaire, et qui est bien gérée par la Banque centrale européenne (BCE).
C'est une crise liée à l'évolution spéculative du système bancaire libéré de toute réglementation sous la pression de l'administration de Bill Clinton et de Robert Rubin, secrétaire au Trésor américain de 1995 à 1999, et aggravée par la gestion budgétaire irresponsable de plusieurs Etats de la zone euro, qui se croyaient protégés par la nouvelle monnaie.

L'agitation désordonnée et quotidienne des intervenants, dont la plupart appartiennent aux lobbies anti-euro et qui sont assoiffés des profits que leur procurerait la dislocation de la zone euro, trouble les esprits et rend difficile le retour à une situation apaisée. A peine la crise bancaire espagnole est-elle traitée qu'on se tourne aussitôt vers l'endettement italien !

Face à cette offensive, la défense a du mal à se faire entendre, et son silence s'explique par une lacune évidente : la zone euro ne dispose d'aucune organisation qui puisse la défendre, et coordonner les réactions de ses membres. Il est extravagant de constater que la deuxième monnaie de la planète ne dispose d'aucune instance permanente pour coordonner l'activité économique et les prises de position des Etats qui l'utilisent ! Certes, il existe bien l'Eurogroupe, présidé avec conviction et talent par le Luxembourgeois Jean-Claude Juncker, mais il ne s'agit que de la réunion périodique des ministres des finances. Chacun sait que ceux-ci ne siègent pas au sommet de leurs Etats où les décisions majeures sont prises par les présidents et les premiers ministres.

Les institutions européennes de Bruxelles, en particulier la Commission, non réformée depuis le grand élargissement, cherchent à s'insérer dans le dispositif, mais elles ne peuvent que compliquer le jeu, car un tiers de leurs membres n'utilisent pas l'euro, et une minorité influente s'oppose à tout nouveau progrès de l'intégration européenne.

Il devient alors impossible de leur confier le soin de gérer les problèmes de l'euro. En revanche, elles conservent toutes les compétences non monétaires que leur attribuent les traités de Maastricht et de Lisbonne.

Ainsi le paysage est clair. C'est aux Etats de la zone euro, et à eux seuls, qu'il appartient de se doter des instruments leur permettant de coordonner leurs politiques budgétaires, et de mettre progressivement en place le volet économique symétrique du volet monétaire.


Ils n'ont besoin que de quelques outils dont ils peuvent décider eux-mêmes la mise en oeuvre, et qui sont indispensables. J'en vois trois :


1. Une réunion régulière, à jour fixe, des chefs d'Etat ou de gouvernement de la zone euro pour un "conseil de l'Euro". Le rythme mensuel paraît approprié. Cette réunion fixera la règle concernant sa présidence. Elle ne nécessite aucun traité .


2. La désignation d'un secrétaire général de la zone euro. A l'image de ce qu'a été Robert Marjolin au temps de l'Organisation européenne de coopération économique (OECE), une grande stature personnelle, un bon diplomate, connaissant bien l'économie : il s'agirait d'un haut fonctionnaire entouré d'une équipe réduite qui prendrait note des décisions, suivrait leur application, et en rendrait compte aux chefs de gouvernement. La décision de le mettre en place peut être prise par les chefs de gouvernement de la zone euro.


3. La surveillance des engagements pris en matière de finances publiques serait exercée au niveau de ce "conseil de l'euro" où siégeraient à la fois les créanciers et les éventuels débiteurs, autrement dit les payeurs et les demandeurs, ce qui assurerait une contrainte plus efficace que le recours à un système administratif.


Un accord entre les Etats de la zone euro, reprenant certaines des propositions du Parlement européen, organiserait cette surveillance. Il devrait être ratifié par les Parlements nationaux.

La zone euro est encore orpheline, ce qui explique son désarroi. Que ses dirigeants appliquent leur volonté politique en la dotant rapidement de la structure institutionnelle qui lui fait cruellement défaut !


On assisterait, alors, au retour d'une plus grande modération des marchés. Ce serait le signal de la fin de la crise de l'euro.

Valéry Giscard d'Estaing a été président de la Convention européenne.

Valéry Giscard d'Estaing, ancien président de la République


Vers un monde sans Union Européenne?



Les espagnols auront entendu au moins une bonne nouvelle durant cette année 2012: ils ont bien la meilleure équipe de football d’Europe. Mais une sombre coïncidence se confirme: les derniers vainqueurs de l’euro de la décennie sont dans une situation proche de la faillite économique, Grèce (2004) et Espagne (2008 et 2012).



En Europe, pas un mois sans une "réunion de la dernière chance", pas un jour sans que les mots "marchés financiers" ou "crise financière" ne viennent inquiéter la grande majorité des européens quand à leur avenir proche. Mois après mois ces réunions entre membres de l’Union Européenne construisent toutes des solutions provisoires, pour éviter l’éclatement de la zone Euro, et peut être celui de l’Union Européenne. Pour les citoyens des pays de l’union, le spectacle devient tragique : les pays à bout de souffle demandent comment emprunter encore plus, les autres donnent des conseils : travailler plus et gaspiller moins. 


Les mauvais élèves de la classe ("les médiocres" dirait le politologue Biélorusse Vadim Gigin) espèrent que les élections en Allemagne en 2013 verront la chute politique du système Merkel, afin de permettre la mise en place d’euro-bonds destinés à mettre en commun (mutualiser) les dettes d’états via des euro-obligations. Ce système d’euro-bonds aurait pour conséquence directe qu'en cas de faillite d'un Etat les autres seraient "tenus" de rembourser sa dette. Autrement dit, il s’agit de faire payer l’ensemble des états encore relativement sains en jouant sur le principe de "solidarité financière". Et peut être un choc psychologique pour les marchés, destinée à aider les derniers de la classe, en faisant baisser les taux d’intérêts spéculatifs. 

Un ami, proche des hautes instances de la commission européenne, me confiait récemment qu’il estimait que l’Union Européenne allait faire face à 10 ou 15 ans de crise. Je me suis immédiatement demandé si les dettes des états pouvaient disparaître en 15 ans, et par quelle méthode dont personne n’a encore parlé. Pour le moment, on ne parle que d’emprunter de moins en moins. Il y a d’autres observateurs de haut niveau beaucoup moins optimistes.  Pour l’ancien ministre des finances russe Alexeï Koudrine, la zone euro va à la dislocation. Selon lui, la prochaine sortie de la Grèce de la zone euro devrait avoir pour conséquence d’aggraver considérablement la pression sur l'Espagne. Une opinion partagée par les analystes de Capital Economics pour qui l'effondrement de la zone euro se produira vraisemblablement en 2013, soit une décennie après son entrée en vigueur. L’UE sans gouvernement fédéral ne semble pas être en mesure d’aider ses membres à s’en sortir et la petite Ile de Chypre, menacée par une situation à l’Islandaise, va chercher des aides en Russie et en Chine. 

A la frontière de l’Union Européenne, le cas russe devrait être mieux analysé par les experts européens. Il ne faut pas oublier que pendant les années 90, la situation financière et sociale en Russie était bien plus grave que dans la Grèce ou l’Espagne d’aujourd’hui. Aujourd’hui, les élites russes de toutes les tendances politiques, ne souhaitent pas revenir aux années 90, et remettre les mains dans l’engrenage de l’endettement maladif et compulsif. Les budgets russes sont gérés avec une grande prudence, c’est l’équilibre ou l’excédent qui sont visés, et l’état a constitué des réserves pour faire face aux imprévus.

Dire qu’en Russie tout est basé sur les hydrocarbures, et dire qu’en Chine tout repose sur le faible coût de la main d’œuvre n’explique pas totalement pourquoi ces deux pays poursuivent leur croissance économique et accumulent des réserves de change. En Russie comme en Chine, le contrôle du pouvoir politique sur la planification de l’économie est une réalité. Un état fédéral puissant qui exerce son autorité sur l’économie privée et sur les marchés, c’est peut être bien ce qui manque à l’Union Européenne.

Cette crise politique et économique de l’UE est à replacer dans un contexte plus large que le continent européen. Comme l’a très justement rappelé récemment Laurent Fabius, ministre français des affaires étrangères: "la crise ne vient pas d’Europe, Lehman-Brothers n’était pas une banque Européenne". La crise vient d’outre atlantique, c’est une crise de tout le système occidental, et l’Europe paye aujourd’hui très cher les conséquences en chaine de la crise des sub-primes américaines. Le monde a changé à une vitesse fulgurante. L’opposition des idéologies communiste et libérale/occidentale avait au moins le mérite de structurer la planète. Lors de la victoire de l’idéologie libérale, une idée nouvelle est apparue : Un accord planétaire, autour d’un modèle économique et politique, idéal et unique, serait peut être possible. La victoire du modèle capitaliste paraissait définitive, et on pensait généralement que l’idéologie du vainqueur serait fonctionnelle, peut être pour toujours. On a même rêvé à cette époque de la fin historique des idéologies. Pour Francis Fukuyama par exemple, l'Histoire devait en effet s'achever le jour où un consensus universel sur la démocratie mettrait un point final aux conflits idéologiques. 

Or, 23 ans seulement après la parution de la thèse de Fukuyama, ce système "global-occidental" (globalitariste disent ses détracteurs) parait de moins en moins fonctionnel, et ce consensus universel sur la démocratie plus vague que jamais. 

Où est passé l’optimisme qui régnait en occident au moment de la disparition de l’URSS? Et cette idéologie libérale démocratique mondialiste idéale qui allait enrichir tous les peuples de la planète? On comprend peu à peu que si l’idéologie libérale a accéléré la globalisation, cette globalisation a sans doute directement contribué à la destruction de la domination occidentale, via l’affaiblissement de son idéologie bien sur, mais aussi via l’apparition de nouveaux modes de gouvernance politico-économiques, et de nouveaux systèmes de valeurs.


On peut aujourd’hui se poser la question suivante: et si c’était finalement le système d'exploitation du monde occidental (politique, économique et moral) qui ne fonctionnait plus?


* Alexandre Latsa est un journaliste français qui vit en Russie et anime le site DISSONANCE, destiné à donner un "autre regard sur la Russie". Il collabore également avec l'Institut de Relations Internationales et Stratégique (IRIS), l'institut Eurasia-Riviesta, et participe à diverses autres publications.


dimanche 1 juillet 2012

Sauver l'euro : une politique «criminelle» selon un prix Nobel d'économie



Pour les prix Nobel Joseph Stilglitz et Paul Krugman, la politique économique menée par les dirigeants européens rend la récession inévitable. De ce constat, notre chroniqueur associé Roland Hureaux tire deux conclusions : le cycle de récession dans lequel s'est engagée l'Europe inquiète tous ses partenaires. De plus, les psychologies des peuples de la zone euro sont trop différentes pour que la réussite économique de l'Europe soit assurée.

«Criminelle», rien de moins : c’est ainsi que Joseph Stiglitz , prix Nobel d’économie, qualifie la politique actuelle de l’Europe visant à sauver l’euro et basée sur toujours plus de rigueur : politique d’Angela Merkel comme de François Hollande, malgré les velléités de politique de croissance de ce dernier, politique de Draghi, de van Rompouy et de Barroso. Le raisonnement est clair : les politiques menées par l’Europe – et particulièrement celles qui sont imposées aux pays faibles – ne peuvent qu’entraîner l’Europe dans la récession : «Les conséquences de cette précipitation de l’Europe vers l'austérité seront durables et probablement sévères. Si l'euro survit, ce sera au prix d'un chômage élevé et d’une énorme souffrance, notamment dans les pays en crise.» 

Il ajoute que «la souffrance que l’Europe, notamment celle des jeunes et des pauvres, est en train de subir, n'est pas nécessaire». «C'est ainsi que le plus grand atout d'une société, son capital humain, est en train d'être gaspillé voire anéanti.» «Il n'est aucun exemple d'une grande économie – et celle d’Europe est la plus grande au monde – qui se redresse grâce à l'austérité.» C’est ainsi que l’illustre économiste va jusqu’à  dire que «l'obstination de ses dirigeants dans l'ignorance des leçons du passé est criminelle». 

De quelles leçons du passé parle-t-il ? Celles des années trente évidemment : voulant à tout prix sauver le mark, l’Allemagne s’engagea à partir de 1930 dans une politique de déflation qui aggrava le chômage et conduisit où on sait. Contrairement à ce qu’on croit, l’euro n’est pas aujourd’hui ce qui sauve la paix en Europe ; bien au contraire, la volonté de le sauver à tout prix la met en péril. 

Paul Krugman [1], autre Prix Nobel, est à peine plus modéré. Pour lui, la relance de la croissance en Europe est urgente. Elle passe par un minimum d’inflation, surtout en Allemagne et non une austérité renforcée. A la question «Que pensez-vous des programmes de croissance qui sont actuellement débattus au sein de la zone euro ?», il répond : «c’est un pistolet à eau contre un rhinocéros qui charge. Ce sont des choses ridicules et insignifiantes». François Hollande appréciera.

L’EUROPE, TROU NOIR DU MONDE

Ce n’est pas seulement Stiglitz et Krugman qui regardent avec un œil  sévère et angoissé les politiques européennes. C’est le monde entier. Le cycle fou dans lequel l’Europe s’engage : déficit, rigueur, récession, encore plus de déficits, préoccupe le reste de la planète. Le continent européen représente le premier marché mondial. La récession dans le vieux continent signifierait la baisse des ventes pour le reste du monde : déjà l’économie chinoise est au point mort ; Obama, inquiet pour sa réélection, voit avec appréhension la récession européenne annihiler ses efforts de relance. L’Europe est analogue au trou noir de la cosmologie : s’effondrant sur lui-même, l’astre vieillissant, dans son cataclysme, aspire tout ce qui se trouve à proximité. 

Y a-t-il d’autre solution à ce cycle infernal que la fin de l’expérience de l’euro ? Paul Krugman, qui ne veut sans doute pas désespérer ses interlocuteurs en propose une : que l’Allemagne relance l’inflation chez elle. Le comportement de Mme Merkel prouve qu’on en est loin. Toute l’histoire de l’Allemagne contemporaine montre qu’attendre une politique inflationniste de ce pays est totalement irréaliste. 

On ne change pas en un tournemain la psychologie des peuples. Si l’euro est en train d’échouer sous nos yeux, c’est précisément parce que le facteur psychologique a été mis entre parenthèses. Avec une incroyable légèreté, on a cru que la mise en commun de la monnaie allait effacer en cinq ou dix ans les particularités nationales. C’est même le contraire qui s’est passé : comme l’application d’un exposant en arithmétique, l’euro a aggravé les divergences ! Un projet fondé sur l’ignorance des réalités, cela  s’appelle une utopie. La plupart se sont avérées, d’une manière ou d’une autre, criminelles. C’est précisément ce que Joseph Stiglitz dit de l’euro. C’est pourquoi il est urgent de mettre un terme à l’expérience. 

Roland Hureaux
[1] Der Spiegel, 23 mai 2012

dimanche 24 juin 2012

Koudrine sceptique sur l'avenir de l'euro



L'euro pourrait cesser d'exister comme monnaie unique européenne suite à la crise de grande ampleur qui approche, estime l'ancien ministre russe des Finances Alexeï Koudrine.
"L'euro fera face à de graves problèmes. En fait, c'est la préservation de la monnaie européenne qui sera mise en question. Pour moi, en tant qu'économiste, ce scénario est le plus plausible", a indiqué M.Koudrine dans une interview accordée à la chaîne de télévision russe Dojd.
D'après l'ex-ministre, le monde se trouve au seuil d'une très grave crise de pleine envergure. Ainsi, le problème de la dette grecque n'est pas résolu jusqu'à présent, et il est fort probable que cette question ne soit pas réglée dans le cadre de la participation de la Grèce à la zone euro, estime-t-il.
Dans le même temps, la sortie de la Grèce de la zone monétaire commune sera susceptible d'aggraver les problèmes de l'Espagne. "Suite à l'octroi de 100 milliards d'euros destinés à sauver les banques espagnoles, on peut dire que le pire scénario se confirme", a déclaré M.Koudrine.
Toujours selon lui, le plan de lutte anticrise que l'UE envisage de développer avant la fin de l'année en cours risque de ne pas apporter de solution universelle à l'ensemble des problèmes existants.
"Il est trop tard. Un tel programme aurait dû être mis au point il y a six mois (…). Il s'agit là d'une situation inacceptable, vu l'ampleur de la crise et les conséquences qu'elle peut entraîner pour les pays et leurs citoyens", a souligné l'ex-ministre russe.