dimanche 1 juillet 2012

Sauver l'euro : une politique «criminelle» selon un prix Nobel d'économie



Pour les prix Nobel Joseph Stilglitz et Paul Krugman, la politique économique menée par les dirigeants européens rend la récession inévitable. De ce constat, notre chroniqueur associé Roland Hureaux tire deux conclusions : le cycle de récession dans lequel s'est engagée l'Europe inquiète tous ses partenaires. De plus, les psychologies des peuples de la zone euro sont trop différentes pour que la réussite économique de l'Europe soit assurée.

«Criminelle», rien de moins : c’est ainsi que Joseph Stiglitz , prix Nobel d’économie, qualifie la politique actuelle de l’Europe visant à sauver l’euro et basée sur toujours plus de rigueur : politique d’Angela Merkel comme de François Hollande, malgré les velléités de politique de croissance de ce dernier, politique de Draghi, de van Rompouy et de Barroso. Le raisonnement est clair : les politiques menées par l’Europe – et particulièrement celles qui sont imposées aux pays faibles – ne peuvent qu’entraîner l’Europe dans la récession : «Les conséquences de cette précipitation de l’Europe vers l'austérité seront durables et probablement sévères. Si l'euro survit, ce sera au prix d'un chômage élevé et d’une énorme souffrance, notamment dans les pays en crise.» 

Il ajoute que «la souffrance que l’Europe, notamment celle des jeunes et des pauvres, est en train de subir, n'est pas nécessaire». «C'est ainsi que le plus grand atout d'une société, son capital humain, est en train d'être gaspillé voire anéanti.» «Il n'est aucun exemple d'une grande économie – et celle d’Europe est la plus grande au monde – qui se redresse grâce à l'austérité.» C’est ainsi que l’illustre économiste va jusqu’à  dire que «l'obstination de ses dirigeants dans l'ignorance des leçons du passé est criminelle». 

De quelles leçons du passé parle-t-il ? Celles des années trente évidemment : voulant à tout prix sauver le mark, l’Allemagne s’engagea à partir de 1930 dans une politique de déflation qui aggrava le chômage et conduisit où on sait. Contrairement à ce qu’on croit, l’euro n’est pas aujourd’hui ce qui sauve la paix en Europe ; bien au contraire, la volonté de le sauver à tout prix la met en péril. 

Paul Krugman [1], autre Prix Nobel, est à peine plus modéré. Pour lui, la relance de la croissance en Europe est urgente. Elle passe par un minimum d’inflation, surtout en Allemagne et non une austérité renforcée. A la question «Que pensez-vous des programmes de croissance qui sont actuellement débattus au sein de la zone euro ?», il répond : «c’est un pistolet à eau contre un rhinocéros qui charge. Ce sont des choses ridicules et insignifiantes». François Hollande appréciera.

L’EUROPE, TROU NOIR DU MONDE

Ce n’est pas seulement Stiglitz et Krugman qui regardent avec un œil  sévère et angoissé les politiques européennes. C’est le monde entier. Le cycle fou dans lequel l’Europe s’engage : déficit, rigueur, récession, encore plus de déficits, préoccupe le reste de la planète. Le continent européen représente le premier marché mondial. La récession dans le vieux continent signifierait la baisse des ventes pour le reste du monde : déjà l’économie chinoise est au point mort ; Obama, inquiet pour sa réélection, voit avec appréhension la récession européenne annihiler ses efforts de relance. L’Europe est analogue au trou noir de la cosmologie : s’effondrant sur lui-même, l’astre vieillissant, dans son cataclysme, aspire tout ce qui se trouve à proximité. 

Y a-t-il d’autre solution à ce cycle infernal que la fin de l’expérience de l’euro ? Paul Krugman, qui ne veut sans doute pas désespérer ses interlocuteurs en propose une : que l’Allemagne relance l’inflation chez elle. Le comportement de Mme Merkel prouve qu’on en est loin. Toute l’histoire de l’Allemagne contemporaine montre qu’attendre une politique inflationniste de ce pays est totalement irréaliste. 

On ne change pas en un tournemain la psychologie des peuples. Si l’euro est en train d’échouer sous nos yeux, c’est précisément parce que le facteur psychologique a été mis entre parenthèses. Avec une incroyable légèreté, on a cru que la mise en commun de la monnaie allait effacer en cinq ou dix ans les particularités nationales. C’est même le contraire qui s’est passé : comme l’application d’un exposant en arithmétique, l’euro a aggravé les divergences ! Un projet fondé sur l’ignorance des réalités, cela  s’appelle une utopie. La plupart se sont avérées, d’une manière ou d’une autre, criminelles. C’est précisément ce que Joseph Stiglitz dit de l’euro. C’est pourquoi il est urgent de mettre un terme à l’expérience. 

Roland Hureaux
[1] Der Spiegel, 23 mai 2012

''L'avenir radieux'' des pétroliers US bouleversera t-elle vraiment la donne économique mondiale?


Le rapport de 120 pages, rendu public, lundi, par l'Université d'Harvard dynamite la théorie de la pénurie mondiale d'énergie et porte un coup dur aux politiques des énergies alternatives. S'agit-il d'un coup du lobby du pétrole ou d'un démenti cinglant aux Cassandre, dans la fin des énergies fossiles?


La flambée du prix du pétrole du printemps est terminée. Mais elle a suscité une inquiétude suffisamment profonde aux Etats-Unis pour que le dossier énergétique devienne l'un des enjeux-clés de l'élection présidentielle. Mitt Romney et Barack Obama n'ont cessé de s'opposer sur ce dossier. Fidèle à l'ensemble de son mandat, le président a tourné le dos tout au lond de son mandat à ses envolées lyriques sur le développement des énergies alternatives pour y revenir depuis le début de sa campagne pour sa réélection. Quant à Mitt Romney, il n'a cessé de rappeler son action en faveur de l'utilisation de l'énergie solaire lorsqu'il était gouverneur du Massachussets. 

Pourtant, le "Wall Street Journal" a pointé du doigt dans son édition d'hier ce qu'il sous-entend être la vacuité du débat, en posant sur la table le «boom pétrolier» que connaît actuellement l'Amérique. Le quotidien illustre son propos en s'appuyant sur un rapport de l'Université d'Harvard publié ce lundi et dont les conclusions ont de quoi faire grincer des dents les partisans des énergies alternatives.


Le retour de Malaugeri

Le rapport que vient de publier le Belfer Center for Science and International Affaires, au sein de l'Université d'Harvard, redonne un écho mondiale à la théorie que défend depuis de nombreuses années l'un des plus éminents spécialistes mondiaux de l'énergie, Leornardo Maugeri, qui fut également, de 2000 à 2010, à la tête de la 6ème plus grande compagnie d'exploitation pétrolière, l'italienne ENI. Malaugeri a toujours expliqué, pour simplifier, que le développement des technologies à disposition des pétroliers entraînerait une capacité de prospection et d'utilisation des énergies fossiles qui démentiraient les avertissements récurrents sur la fin de ces réserves. Or, les faits finissent aujourd'hui par sembler lui donner raison.

Effondrement du prix du pétrole?


Le rapport de James F. Smith compile un nombre de données actuelles impressionnants à travers toute la planète. Il explique ainsi que la capacité de production de pétrole est en pleine progression aux États-Unis et dans plusieurs autres pays, à un rythme si rapide qui la capacité mondiale de production de pétrole est susceptible de croître de près de 20%, en 2020, ce qui pourrait provoquer un effondrement des prix du pétrole.

Leonardo Maugeri y explique que contrairement à certaines prédictions selon lesquelles la production mondiale de pétrole a atteint un sommet ou le fera bientôt, la production devrait croître pour passer de 93 millions de barils, par jour, actuellement, à 110 millions de barils, par jour, d'ici 2020, soit le plus grand bond, depuis les années 1980. Qui plus est, cette augmentation représente moins de 40% de la nouvelle production de pétrole attendue dans le monde: plus de 60% de cette production devrait en effet atteindre le marché, après 2020.

Maugeri estime que la production brute supplémentaire due à l'exploration actuelle et aux projets de développement dans le monde pourrait produire environ 49 millions de barils supplémentaires par jour, d'ici 2020, soit une augmentation équivalente à plus de la moitié des 93 millions de barils, par jours produits aujourd'hui. Après ajustement en fonction des facteurs de risque politiques et techniques ainsi que des taux d'épuisement de compensation des champs actuels,  l'augmentation de la production brute conduiraient à un accroissement net de 17,5 millions de barils, par jour, en 2020.

Rentable à 70 dollars, le baril


L'étude attribue la croissance attendue de la production pétrolière, en grande partie, à une combinaison de prix élevés du pétrole et de nouvelles technologies, telles que la fracturation hydraulique, qui ouvre de vastes domaines en permettant désormais l'extraction du pétrole "non conventionnel" comme le pétrole lourd ou les sables bitumineux et ultra-lourds. Ces augmentations devraient être les plus importantes aux États-Unis, au Canada, au Venezuela et au Brésil.

Maugeri prédit aussi une augmentation importante de la production pétrolière de l'Irak si le pays parvient à se stabiliser durablement, ce qui va ajouter une nouvelle production dans la région du golfe Persique - affaiblissant du coup la capacité de l'OPEP à gérer la production et les prix.

La combinaison de la production nouvelle dans l'hémisphère occidental et de la production continue dans d'autres parties du monde pourrait conduire à une forte baisse des prix du pétrole. Si ces facteurs sont suffisamment forts, ils pourraient conduire les compagnies pétrolières à réduire leurs investissements et, finalement, à ralentir l'approvisionnement en pétrole. Mais si les prix du pétrole restent au-dessus d'environ 70 dollars, le baril, des investissements suffisants seront effectués pour soutenir la croissance continue de la production, conduisant éventuellement à un phénomène de surproduction de pétrole, après 2015.


L'Amérique revit la ruée vers l'Or noir


Jusqu'à récemment, les thèses de Maugeri étaient controversées. Mais l'homme revient au devant de la scène, porté par les évidences. Et la première de ces évidences est la relance très rapide de l'exploitation des réserves fossiles par les Etats-Unis. Par exemple, les champs de Bakken et de Three Forks dans le Dakota du Nord et le Montana pourraient devenir conduire à la création d'un équivalent du golfe Persique, à l'intérieur même des États-Unis. A Bakken, la production est ainsi passée de quelques barils, en 2006, à 530.000, par jour, en décembre 2011.

Vers une nouvelle autosuffisance?

Voici les principaux points qui se dégagent du rapport publié par l'Université d'Harvard:
Le pétrole n'est pas une denrée rare. D'un point de vue purement physique, il y a d'énormes volumes de pétrole conventionnel et non conventionnel qui peuvent encore être exploités, sans "pic pétrolier" en vue. Le déploiement complet du potentiel pétrolier mondial dépend uniquement du prix, de la technologie, et des facteurs politiques. Plus de 80% de la production supplémentaire en cours de développement semble globalement être rentable avec un prix situé au-dessus de 70 dollars, le baril.

Tout retrait significatif de la production supplémentaire, en Irak, aux Etats-Unis et au Canada aurait un impact négatif sur le marché mondial du pétrole, compte tenu de leur potentiel de production nouvelle, en 2020. Toutefois, un recul important des producteurs traditionnels de grands tels que l'Arabie Saoudite ou la Russie pourrait avoir le même effet.

Le boom du gaz de schiste et du pétrole lourd aux États-Unis n'est pas une bulle temporaire, mais la révolution la plus importante dans le secteur pétrolier depuis des décennies. Il va probablement lancer l'émulation dans le monde entier, bien que le boom des États-Unis soit difficile à reproduire, compte tenu des caractéristiques uniques du pétrole aux États-Unis (et du gaz). Quel que soit le moment, l'émulation au cours des prochaines décennies pourrait donner des résultats surprenants, compte tenu du fait que la plupart des ressources de schiste et de pétrole lourd dans le monde sont encore inconnues et inexploitées. La Chine semble être le premier pays à suivre l'exemple des États-Unis. En outre, l'extension du forage horizontal et de la fracturation hydraulique combinée à des champs de pétrole conventionnel pourrait augmenter considérablement la production mondiale de pétrole mature sur des gisements de pétrole en déclin.

Dans l'ensemble, la production de pétrole conventionnel est également en augmentation à travers le monde, bien que certains domaines soient affectés. La mer du Nord fait face à un déclin apparemment irréversible de la capacité de production. Dans la plupart des pays producteurs traditionnels, cependant, les champs pétrolifères anciens connaissent un renouveau grâce à de meilleures techniques de production et de nouvelles connaissances pour l'exploration, ainsi qu'à des technologies de pointe pour la production, jusqu'à présent utilisées uniquement aux États-Unis et dans la mer du Nord. D'immenses parties du monde sont encore relativement inexplorées pour le pétrole conventionnel (par exemple, la mer Arctique ou la plupart de l'Afrique subsaharienne).

L'âge de "pétrole pas cher" est, probablement, derrière nous, mais la technologie peut transformer le pétrole cher d'aujourd'hui en pétrole pas cher de demain.

Le marché du pétrole restera très volatile, jusqu'en 2015, et sujet à des mouvements extrêmes dans des directions opposées, ce qui représente un défi majeur pour les investisseurs, en dépit des opportunités futures. Après 2015, cependant, la plupart des projets envisagés fera progresser de manière significative les capacités de production dans le monde. Cela pourrait provoquer un phénomène majeur de surproduction et conduire à une importante baisse des prix du pétrole, à moins que la demande de pétrole continue de croître à un rythme soutenu annuel d'au moins 1,6%, pendant toute la décennie.

Une révolution dans les technologies environnementales  est nécessaire pour soutenir le développement de la plupart des pétroles non conventionnels, avec une application stricte des normes déjà existantes, plutôt que massive sur-réglementation. Sans une telle révolution, un différend continu entre l'industrie et les groupes environnementaux forcera le gouvernement à retarder le développement de nouveaux projets.

Surproduction et bouleversements géopolitiques


Le contenu et les conclusions de ce rapport ouvre évidemment le champ à d'importantes conséquences géopolitiques. Le Belfer Center estime ainsi que l'Asie sera le marché de référence pour la majeure partie du pétrole du Moyen-Orient, et que la Chine s'imposera comme le nouveau protagoniste, pour toutes  les affaires politiques de la région.

Dans le même temps, l'hémisphère occidental pourrait revenir à un état d'avant la Seconde guerre mondiale, c'est à dire à une situation d'autosuffisance pétrolière, et les États-Unis pourraient réduire considérablement leurs besoins d'importation de pétrole.Toutefois, la révolution du pétrole non conventionnel aux États-Unis dans l'hémisphère occidental ne doit pas occulter le fait que jusqu'en 2020 et au-delà, plus de 50% de la production mondiale de pétrole va continuer à provenir d'un arc géographique qui s'étend de la Russie au golfe Persique. Chaque événement important concernant cet arc géographique sera cruciale pour la stabilité globale du marché mondial du pétrole. Le rapport estime que dans les prochaines décennies, le rôle croissant des pétroles non conventionnels feront de l'hémisphère occidental le nouveau centre de gravité de l'exploration pétrolière et la production.

Stephane Trano

Royaume-Uni : les banquiers coupables de délits doivent en répondre devant la justice



Les banquiers qui ont commis des délits financiers doivent en répondre devant des tribunaux, a estimé samedi le ministre britannique de la Justice Ken Clarke, alors qu'une nouvelle série de scandales secouent la City.
"Des investigations doivent bien sûr encore être menées, mais une fois que ces enquêtes seront terminées, si des délits ont été commis, leurs auteurs devront être traduits en justice", a-t-il expliqué sur la BBC, jugeant "choquants" les comportements révélés par ces affaires.
"Nous ne traitons pas comme il le convient les délits financiers au plan judiciaire dans ce pays", a-t-il ajouté. "Je pense qu'il est plus facile de s'en tirer quand on commet un délit financier que pratiquement n'importe quel autre délit".
M. Clarke a aussi prôné un meilleur encadrement du secteur financier, soulignant que le gouvernement devrait résister aux pressions de la City.
"Il faut réfléchir à des règles plus contraignantes, comme nous avons prévu de le faire", a-t-il expliqué. "Nous devrons résister aux puissants lobbies qui vont nous dire que nous allons trop loin, que cela va nuire à la compétitivité (de la City) et autres choses du même acabit".
La banque britannique Barclays a écopé mercredi d'amendes record pour avoir tenté de manipuler des taux d'intérêt de référence définissant le prix auquel les banques se prêtent de l'argent, mais aussi indirectement ceux des crédits aux ménages et aux entreprises.

Nombreux sont ceux qui réclament la démission de son patron, Bob Diamond, symbole de tous les excès de la City avec ses bonus faramineux et ses déclarations fracassantes.
L'autorité des marchés financiers a en outre révélé vendredi des "manquements graves" de la part des quatre grandes banques du pays: Barclays encore, Royal Bank of Scotland (RBS), Lloyds et HSBC. L'affaire porte sur la commercialisation de produits financiers plus ou moins complexes à des PME.
RBS a aussi cette semaine essuyé les foudres de ses clients, après un bug informatique qui a empêché pendant plusieurs jours des millions de personnes de retirer de l'argent ou de faire des virements.
"Quelque chose est vraiment allé de travers dans le secteur bancaire britannique, et nous avons besoin de le remettre en ordre", a résumé vendredi le gouverneur de la banque d'Angleterre Mervyn King.
Le Premier ministre David Cameron a aussi réclamé des enquêtes approfondies sur les récents scandales, pour que les responsables rendent des comptes.

jeudi 28 juin 2012

Les banquiers détestent l'Islande



A force d'enquêtes judiciaires, l'île aux volcans a fait drastiquement diminuer ses dettes. Etonnant non? 
La crise financière mondiale, attisée localement par la cupidité aussi surprenante que hors norme des banquiers islandais, a bien failli rayer l'île de la carte en 2008. 

Aujourd'hui c'est du côté de Reykjavik - que l'agence de notation Fitch a d'ailleurs relevé d'un cran à la mi-février - et qui a renoué avec la croissance en 2011 jusqu'à tabler sur un taux de 2,7% pour 2013 avec une balance commerciale redevenue excédentaire, que se déroule une véritable révolution dans l'indifférence quasi générale des médias européens. 

Petit rappel d'islandais pour les nuls : C'est en 2008 que le phénomène a pris naissance. A l'époque, la Couronne Islandaise était sur le point de rejoindre l'épave du Titanic. Les Polonais employés en masse dans la pêche et la construction, allaient se résoudre à abandonner leur petit paradis d'immigration et à remettre le cap sur Varsovie. La bourse décidait de se mettre en sommeil après une chute de 76% en quelques jours, et le gouvernement nationalisait les banques Glitnir, Landsbanki et Kaupthing, dont la clientèle était - cherchez l'erreur - principalement anglaise et américaine pour leur éviter la faillite. Les dettes du pays frôlant alors 9 fois son PIB... 

Entrée en scène fin octobre 2008, du FMI et des pays frères scandinaves auxquels s'est joint la Pologne reconnaissante, qui contribuent respectivement à hauteur de 2,1 et 2,5 milliards de dollars à la réparation des dégâts. 

Les pécheurs au harpon islandais qui se méfiaient comme de la peste d'une combine institutionnelle pour leur passer la corde au cou à la grecque, descendent dans la rue et chassent le gouvernement Conservateur de Geir Haarde en exigeant des élections anticipées. 

En avril 2009 une nouvelle coalition de socialistes et d'écologistes prend les choses en mains sous la conduite de Johanna Siguroardottir, nouvelle Premier Ministre. Johanna, ex-hôtesse de l'air ayant bossé en usine pour fabriquer du carton d'emballage à poisson, a su garder les pieds sur terre. Première chef de gouvernement au monde à s'être mariée civilement avec sa copine Jonina Leosdottir, la dame n'a peur de rien et n'est pas prête à s'en laisser conter par les vautours de la finance. 

 Des banquiers à l'amende 

Un échéancier de remboursement de 3,5 milliards d'Euros sur 15 ans à 5,5% d'intérêt est donc négocié avec les principaux créanciers du pays et ceux des banques nationalisées. Las, l'islandais de base a fait ses comptes. Il redescend dans la rue pour demander que le projet de loi soit soumis à référendum. Le président lui donne raison en janvier 2010 et la consultation populaire organisée en avril donne 93% de refus de casquer à ce prix là. 

Johanna fait donc savoir aux créanciers qu'ils vont devoir revoir leur copie. Afin de les convaincre que les Islandais sont têtus, le Parlement insulaire vote la nomination d'un Procureur Spécial, chargé d'enquêter sur les raisons du naufrage financier et d'en déférer les responsables présumés devant la justice. 

Le job est confié à Olafur Thor Hauksson qui n'a aucune compétence en criminalité financière et a été le patron de la très débonnaire police locale au cours des 10 dernières années. C'est le ministre de la Justice qui l'a encouragé à faire acte de candidature car personne d'autre ne s'est présenté pour ce sale travail. Eva Joly qui traquait la débauche financière avant de prendre une veste à l'élection présidentielle - la nôtre - va d'ailleurs payer de sa personne comme consultante pour mettre Olafur au parfum. 

Les leçons d'Eva sont profitables : dès le 11 mai 2010, le procureur lance un mandat d'arrêt international contre Sigurdur Einarsson, l'ancien patron de la banque Kaupthing. 

Sans doute bouleversé de découvrir sa tronche dans la rubrique des « wanted » du site d'Interpol, Einarsson rentre « volontairement » au pays dès le mois d'Août. Pour y répondre d'accusations de manipulation de marché, fraudes et escroqueries. 

En septembre, c'est au tour de l'ancien Premier Ministre Geir Haarde de répondre d'accusations de négligence dans la gestion de la crise financière. 

Le 20 janvier 2011, le procureur Spécial qui commence à bien maîtriser son sujet, décide de se faire une petite perquise' à la Banque Centrale Islandaise pour recouper des infos obtenues sur deux seconds couteaux, les MP Bank et Straumur Bank. En sortant, Olafur le justicier rend visite à Jon Thorsteinn Oddleifsson, l'ancien trésorier de la banque Landsbanki et lui passe...les bracelets. 

Des enquêtes judiciaires font plier les créanciers 

Etrangement, et sans qu'on puisse y lire une quelconque relation de cause à effet, les créanciers reviennent avec une nouvelle proposition d'apurement de la dette islandaise : on passe de 15 à 37 ans et le taux d'intérêt demandé tombe à 3% ! « Non et non ! » persistent à répondre les natifs consultés en Avril 2011 après que le président local, Olafur Ragnar Grimsson ait refusé de ratifier la loi précédente ayant pris en compte la dernière proposition des créanciers. 

Comme en écho à l'entêtement de ses compatriotes, le Procureur Hauksson fait arrêter en décembre 2011, Làrus Welding, l'ancien directeur général de la banque Glitnir. En avril 2012, c'est au Luxembourg qu'on retrouvera Hauksson et se petite équipe, supervisant une perquisition effectuée par la police du Grand Duché à sa demande, à la suite d'écoutes téléphoniques d'une petite centaine d'Islandais « ayant exercé par le passé des responsabilités dans le secteur financier islandais ». 

Il n'en faudra pas plus pour convaincre ceux qui n'ont pas encore quitté le pays de le faire brutalement en renonçant aux indemnités dodues qu'ils exigeaient jusque là à la suite de la nationalisation des banques et de leur licenciement un brin brutal il est vrai... 

La démocratie des volcans 

Moins connue que sa grande-sœur athénienne, la démocratie à la sauce islandaise fonctionne tout de même depuis l'an 930. Ayant tiré les leçons de la crise, la convocation d'une assemblée constituante en décembre 2010 était donc une formalité. 

Dès février 2011, les 25 élus (10 femmes et 15 hommes) issus de toutes les couches de la société, se mettent au travail. Un mois plus tard, ils deviennent officiellement le « Conseil Constitutionnel ». Lequel adopte à l'unanimité un projet de nouvelle constitution remis au Parlement le 27 juillet 2011. 

Le projet devrait être soumis à référendum à la fin du mois- pendant que d'autres s'étriperont sans doute au sommet de Bruxelles - avant son adoption par le parlement ; à sa lecture, on en bave d'envie : le droit effectif de communication au public de toute la documentation détenue par les pouvoirs publics devrait être garantie par la loi ; de même que l'indépendance absolue des tribunaux ; et les sources de revenus des collectivités locales ; tout autant que la possibilité de lancer des commissions d'enquêtes sur les pratiques gouvernementales à la seule demande d'un tiers des membres du parlement ; sans parler des protections constitutionnelles prodiguées au journalisme d'investigation nées de l'Initiative Islandaise pour des Médias Modernes, déjà évoquée par Bakchich, pour lesquelles Wikileaks s'était fortement impliquée. 

Les médias qui veulent poursuivre la traque mondiale des banksters nous ayant mis dans ce pétrin, savent donc maintenant où s'installer. De même que Jérôme Kerviel, s'il lui venait un jour l'idée de se lancer dans le consulting en organisation de back-offices dignes de ce nom...


Source: Bakchich

mardi 26 juin 2012

L’Algérie risque une crise majeure!


Après un pic à 128 dollars début mars, le cours du brent coté à Londres a dégringolé de près de 30%, tombant à 89 dollars le baril hier. Le FMI a estimé que pour équilibrer le budget du pays, les prix du pétrole doivent se situer au-dessus de 100 dollars le baril.

Le terrible fléchissement des cours de pétrole sur les marchés internationaux commence bel et bien à faire jaser dans le cercle très rétréci des animateurs de la réflexion économique officielle. Bizarrement, c’est le président du Conseil national économique et social (CNES), Mohamed Seghir Babès, qui vient apporter quelques correctifs aux thèses officielles qui défendaient – jusqu’ici – à cor et à cri l’idée selon laquelle l’Algérie ne peut être affectée par l’orage financier qui enveloppait la zone euro et qui étendait son onde de choc sur les marchés pétroliers.

«Dans l’ensemble, aucun pays n’est, dans l’absolu, à l’abri. Les crises mondiales qui se sont accumulées depuis des années ont sédimenté sur une crise financière tellement profonde, intense et complexe qu’aucun pays et aucun système, qu’il soit au nord ou au sud, n’est à l’abri de ses répercussions (…). Pour l’Algérie, un éventuel effondrement des cours du pétrole peut avoir un impact direct sur l’économie nationale», a déclaré, hier à Alger, le président du CNES, lors d’un séminaire sur l’entrepreneuriat social. S’il est vrai que le président du CNES ne peut être théoriquement une voix officielle, il est tout de même admissible que sa lecture des évènements traduit quelque peu un état d’esprit qui prévaut aujourd’hui dans les opinions officielles. Ce n’est pas pour rien que l’Algérie est allée défendre bec et ongles l’idée de baisser les volumes de pétrole pompés par l’OPEP afin de maintenir les prix à des niveaux élevés.

Depuis Vienne (Autriche), où s’est tenue le 14 juin la dernière réunion de l’OPEP, le ministre de l’Energie et des Mines, Youcef Yousfi est allé jusqu’à dire que l’Organisation «court un risque réel» sur les prix après l’accroissement de son rythme de production qui a largement dépassé le plafond fixé en décembre 2011.


Le ministre qui tentait de faire du lobbying à la veille d’une réunion décisive, pour l’Algérie surtout, a émis le vœu qu’il y ait une prise de conscience sur l’effet négatif de l’augmentation de la production du pétrole sur les prix. Après coup, l’Algérie est sortie le bec cassé de cette réunion. Surnommée «le nouveau faucon de l’OPEP», l’Algérie était allée défendre en réalité ses équilibres budgétaires internes, très conditionnés par les prix du pétrole. Les tableaux des marchés internationaux sur lesquels sont placardés les cours du pétrole ne sont point reluisant pour le pays. Après un pic à 128 dollars début mars, le cours du brent coté à Londres a dégringolé de près de 30%, tombant ces derniers jours sous les 90 dollars, au plus bas depuis près d’un an et demi. Le Sahara blend algérien a perdu 3,5 dollars lors des dernières transactions de la fin de la semaine dernière. Hier encore, les marchés étaient très nerveux sous l’effet de l’incertitude qui pèse sur la zone euro.....

Le ministre qui tentait de faire du lobbying à la veille d’une réunion décisive, pour l’Algérie surtout, a émis le vœu qu’il y ait une prise de conscience sur l’effet négatif de l’augmentation de la production du pétrole sur les prix. Après coup, l’Algérie est sortie le bec cassé de cette réunion. Surnommée «le nouveau faucon de l’OPEP», l’Algérie était allée défendre en réalité ses équilibres budgétaires internes, très conditionnés par les prix du pétrole. Les tableaux des marchés internationaux sur lesquels sont placardés les cours du pétrole ne sont point reluisant pour le pays. Après un pic à 128 dollars début mars, le cours du brent coté à Londres a dégringolé de près de 30%, tombant ces derniers jours sous les 90 dollars, au plus bas depuis près d’un an et demi. Le Sahara blend algérien a perdu 3,5 dollars lors des dernières transactions de la fin de la semaine dernière. Hier encore, les marchés étaient très nerveux sous l’effet de l’incertitude qui pèse sur la zone euro.

Le baril de brent de la mer du Nord pour livraison en août, échangé sur l’IntercontinentalExchange (ICE) de Londres, valait 89,91 dollars, en baisse de 1,07 dollar par rapport à la clôture de vendredi. Sur le marché new-yorkais, le baril de «light sweet crude» (WTI) pour la même échéance, abandonnait 60 cents à 79,16 dollars. La courbe illustrant l’évolution des cours souligne ainsi en crayon-feutre des niveaux qui ne sont plus vus depuis huit mois à New York et depuis un an et demi à Londres, où est vendu le pétrole algérien. L’économie algérienne, qui s’agrippait au seul pilier des hydrocarbures au détriment des secteurs productifs, pourrait subir de graves contrecoups. La politique de l’expansion budgétaire remise au goût du jour sous l’effet du «printemps arabe» pourrait remettre en cause les équilibres budgétaires du pays calculés sur la base des recettes pétrolières stockées en partie dans les banques souveraines et en partie dans le FRR (Fonds de régulation des recettes).

Le Fonds monétaire international (FMI) a mis en garde récemment contre la hausse des dépenses publiques de l’Algérie et a estimé que pour équilibrer le budget du pays, les prix du pétrole doivent se situer au-dessus de 100 dollars le baril. L’année dernière, le pays a enregistré le deuxième plus grand déficit budgétaire parmi les pays producteurs de pétrole de la région MENA. La hausse du seuil de rentabilité budgétaire du prix du pétrole a incité l’Algérie à rompre avec ses anciens alliés au sein de l’OPEP, l’Arabie Saoudite, le Koweït et les Emirats arabes unis en l’occurrence, en s’alliant désormais avec le Venezuela et l’Iran pour défendre des prix de pétrole plus rémunérateurs. Le comportement de l’Algérie au sein de l’OPEP témoigne bon gré, mal gré d’une anxiété ressentie au plus haut niveau du régime. La rente est le seul élément plaidant son maintien et son ancrage.

dimanche 24 juin 2012

Koudrine sceptique sur l'avenir de l'euro



L'euro pourrait cesser d'exister comme monnaie unique européenne suite à la crise de grande ampleur qui approche, estime l'ancien ministre russe des Finances Alexeï Koudrine.
"L'euro fera face à de graves problèmes. En fait, c'est la préservation de la monnaie européenne qui sera mise en question. Pour moi, en tant qu'économiste, ce scénario est le plus plausible", a indiqué M.Koudrine dans une interview accordée à la chaîne de télévision russe Dojd.
D'après l'ex-ministre, le monde se trouve au seuil d'une très grave crise de pleine envergure. Ainsi, le problème de la dette grecque n'est pas résolu jusqu'à présent, et il est fort probable que cette question ne soit pas réglée dans le cadre de la participation de la Grèce à la zone euro, estime-t-il.
Dans le même temps, la sortie de la Grèce de la zone monétaire commune sera susceptible d'aggraver les problèmes de l'Espagne. "Suite à l'octroi de 100 milliards d'euros destinés à sauver les banques espagnoles, on peut dire que le pire scénario se confirme", a déclaré M.Koudrine.
Toujours selon lui, le plan de lutte anticrise que l'UE envisage de développer avant la fin de l'année en cours risque de ne pas apporter de solution universelle à l'ensemble des problèmes existants.
"Il est trop tard. Un tel programme aurait dû être mis au point il y a six mois (…). Il s'agit là d'une situation inacceptable, vu l'ampleur de la crise et les conséquences qu'elle peut entraîner pour les pays et leurs citoyens", a souligné l'ex-ministre russe.

jeudi 21 juin 2012

Le détournement de l’argent public des plans de relance

Les contribuables français pensent que les fonds publics des plans de relance sont utilisés pour le développement d’entreprises qui créent des emplois en France.

En réalité, cet argent est souvent distribué à des entreprises du CAC 40, à l’affut du moindre euro d’aide publique. Celles-ci ne se sentent pas pour autant redevables et n’hésitent pas à délocaliser à chaque fois qu’elles le peuvent.

Une autre part de ces deniers de l’État alimente des fonds d’investissement qui financent essentiellement des projets innovants rarement créateurs d’emplois en France car soumis aux exigences du capital investissement avec l’obligation de produire dans les pays à bas coûts.

LE BUSINESS DES FONDS D’INVESTISSEMENT

Vous disposez d’un réseau relationnel de haut niveau. Vous côtoyez la fine fleur du grand capital et des personnalités politiques parmi les plus influentes mais vous n’avez ni entreprise innovante, ni projet innovant et aucune compétence particulière. Vous n’avez surtout pas envie de vous embarrasser avec une entreprise industrielle, la gestion de son personnel et des semaines de 60 ou 80 heures pour des résultats financiers souvent mitigés. Pourtant vous aimeriez bien vous aussi profiter de la manne financière de plusieurs dizaines de milliards d’euros des plans de relance et autres fonds publics à portée de réseau !

Créez un fonds d’investissement et rejoignez la caste des initiés du microcosme du capital investissement !

Vous pourrez vous aussi jouez au Monopoly avec les impôts des français. Vous vous enrichirez davantage qu’en créant une entreprise industrielle, les risques seront moindres et vous vous fatiguerez moins. Vous pourrez même installer votre siège hors de France.

Investissez ou trouvez 1 ou 2 millions pour amorcer la pompe à fric, puis demandez 1 ou 2 million d’eurosà « CDC entreprises ». Ils alimentent déjà 12 « fonds de fonds » et plus de 200 fonds directs en France et à l’étranger, alors un de plus ou un de moins, cela n’a guère d’importance, surtout si vous êtes introduit par une personnalité de premier plan.

Citons le cas de « CDC capital investissement », une autre filiale de CDC (Caisse des Dépôts et Consignations) qui a fait en octobre 2006, un chèque de 800 millions d’euros au milliardaire belge Albert Frère, pour l’achat de sa chaine de restauration rapide QUICK, qui ne valait deux ans plus tôt, selon son propre PDG, que 300 millions d’euros.

Malgré cette prodigalité, un investissement de la CDC qui, par ailleurs, gère près de 250 milliards d’euros constitue toujours précieux sésame. Muni de ces premiers fonds, faites ensuite le tour des investisseurs, organismes ou dispositifs et dites que votre fonds, expert en hautes technologies et autres produits innovants, investira uniquement dans des projets novateurs et porteurs de croissance mais surtout pas dans l’industrie manufacturière traditionnelle lorsqu’elle produit en France, source de conflits sociaux, (aucun fonds sérieux ne le fait !) et peu conforme avec votre vision éclairée d’un monde de demain ouvert à la mondialisation et à la construction duquel vous souhaitez apportez votre expertise en ingénierie financière internationale.

Plans de relance, Fonds stratégique d’investissement ou Grand emprunt, tous les dispositifs et organismes seront ravis de vous confier de l’argent public et se féliciteront de créer un effet de levier pourtant peu souvent avéré. L ‘EXPERTISE DES FONDS D’INVESTISSEMENT Citons l’exemple de l’entreprise française de prêt à porter pour jeunes femmes « MORGAN de toi ». La marque créée en 1968 était vendue dans prés de 500 point de vents et possédait prés de 200 boutiques en propre, lorsqu’en 2006, le puissant fonds APAX PARTNERS (35 milliards de dollars de capitalisation), propriétaire de 40 % des parts de société depuis 1998, a évincé les fondateurs de l’entreprise pour en prendre la direction. Deux ans plus tard, après plusieurs erreurs de stratégie, dont la délocalisation de la production en Chine, la clientèle fuyait et l’enseigne déposait le bilan. Fort heureusement, le groupe BEAUMANOIR à repris et sauvé l’entreprise mais ce cas nous interroge sur les compétences et la pertinence des conseils prodigués aux entreprises par les experts du capital investissement.

LA FIN D’UN LEADER

L’ancien leader européen du Photovoltaïque PHOTOWATT, pourtant à la pointe de l’innovation pendant 30 ans, a dû, faute d’aides financières de l’État et de financement des banques, déposer le bilan en novembre 2011 avant de tomber dans le giron d’EDF.

Le FSI (Fonds Stratégique d’Investissement) dont l’objet était « d'apporter les fonds propres indispensables aux entreprises françaises stratégiques, confrontées à la crise », avait refusé d’aider l’entreprise la plus innovante de France ou d’Europe en matière d’énergie solaire ! Ce refus de financement de l’État nous démontre qu’il ne suffit pas de présenter un projet créateur d’emploi ou d’être un champion de l’innovation, pour avoir accès aux dispositifs d’aide aux entreprises. Il semble que l’appartenance à un réseau politique influent ou au réseau du grand capital, constitue la clef pour accéder aux grands dispositifs de relance de l’économie. .

ASSAINIR LE FINANCEMENT DES ENTREPRISES

François Hollande a déclaré durant la campagne présidentielle, vouloir assainir le monde de la finance et peut-être devrait-il commencer par mettre fin à ces pratiques plus proches du système mafieux que de la pratique républicaine afin que l’on juge les projets sur des critères plus objectifs. Les fonds d’investissement parasitent les fonds publics destinés au développement des PME et cela génère une déperdition de l’argent public au lieu de l’effet de levier escompté.

Rappelons l’échec de ces mécanismes utilisés à outrance lors du plan de relance de 35 milliards d’euros qui n’a créé ou sauvé, selon les sages de la cour des comptes, que 20 000 à 70 000 emplois et du grand emprunt de 34 milliards d’euros qui en a généré encore moins. Au moment où l’État demande de plus en plus de sacrifices aux contribuables, peut-être conviendrait-il de faire l’économie de ces intermédiaires, en finançant directement les entreprises en recherche d’aide pour leur développement.

Par ailleurs, on peut s’étonner que depuis 2008, Patricia Barbizet, N°2 du groupe PPR (Pinault-Printemps-Redoute), soit l’un des administrateurs du FSI, fonds d’investissement doté de 20 milliards d’euros d’argent public, et en préside également le comité d’investissement.

PPR est un grand groupe du CAC 40 dont la délocalisation de la production des articles vendus dans les magasins (Conforma, Printemps, La Redoute, Fnac), a mis au chômage les dizaines de milliers d’ouvriers employés chez les sous-traitants. Qui peut croire que sa dirigeante choisisse d’aider les entreprises dont le développement créera des emplois en France. Il nous semble que François Hollande devrait maintenant nommer une personnalité moins impliquée avec les grands groupes et le grand capital.

LE LEURRE DE L’INNOVATION

La Banque Publique d’Investissement voulue par François Hollande, sera vraisemblablement composée d’anciens organismes et dispositifs déjà existants qui ne sont jamais parvenus à transformer les milliards d’euros qui leur sont confiés en un nombre significatif de véritables emplois, et investira encore uniquement dans l’innovation.

L’antienne des produits innovants, déjà répétée en boucle depuis 35 ans par nos personnalités politiques, nous est à présent resservie pour exclure les industries manufacturières traditionnelles des dispositifs de financement.de l’économie.

Le mythe des produits innovants qui devaient fournir un emploi à chacun d’entre nous, est associé au dogme néolibéral du libre échange qui préconise la délocalisation de notre industrie manufacturière des biens de consommation. Cette politique dont François Hollande a toujours été un ardent partisan, montre son inefficacité et plusieurs millions de personnes au chômage en paient le prix.

Cependant, il convient d’accorder crédit aux promesses de réindustrialisation de notre nouveau Président et puisque l’emploi est sa priorité, ne doutons pas de recevoir bientôt une invitation de l’Élysée ou du ministère du Redressement Productif pour exposer notre projet de relance de l’industrie manufacturière des biens de consommation.

Francis JOURNOT

Mouvement associatif RENDEZ NOUS NOTRE INDUSTRIE !

Source: Agoravox